J’aime les gens fêlés, ils laissent passer la lumière

Pour Samuel

Les mots sont difficiles à trouver pour exprimer tout ce que je ressens. Une tristesse infinie, de la colère, de l’angoisse certainement et un vrai malaise. Je pense à ton petit garçon, à ton épouse. Je pense à ta famille, à tes ami(e)s. Je pense à tes élèves, à tes collègues.

Tu sais, j’ai suivi la cérémonie à La Sorbonne. J’ai aimé que « tu » y fasses entrer U2. Et puis les textes qui y ont été lus. Et l’émotion de ton ami.

Pour autant, je n’ai pas envie que l’on fasse de toi un héros. Tu étais un prof, dans toute la beauté de cette fonction. Un homme qui aimait les autres. Qui voulait former les esprits des jeunes, sans les formater. Un « passeur » de lumière, amoureux de la liberté. Un pédagogue, dans toute la noblesse du terme.

Faire de toi un héros est trop facile.

Non, tu es une victime. Dans tout ce que cela implique de solitude et de fragilité.

Penser que tu ais pu te sentir abandonné me rend malade.

A toi…

Bonjour ma petite femme

Voici une lettre de garçon, parce que oui, les garçons aussi, écrivent bien 😉

Le 23 septembre 1917

Bonjour ma petite femme,

Je t’écris d’un petit trou de terre qui doit me protéger des obus allemands qui arrivent sans arrêt. Ici, plus personne ne veut se battre car chaque jour, des milliers de soldats meurent sur le front. Si tu savais dans quelles conditions nous vivons, tu ne t’en remettrais pas. Heureusement qu’il y a mes camarades pour me donner un peu de réconfort.

j’ai les pieds complètement trempés et gelés, et je suis épuisé.

Pourtant, dès demain, mon régiment et moi lançons un nouvel assaut pour tenter une nouvelle fois de gagner du terrain. je ne sais pas si je vais survivre alors, si je ne reviens pas, sache que je t’aime et que je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m’as fait vivre.

Je vous embrasse.

J