Salon d’Alençon

Reçue aujourd’hui  28 janvier, une invitation pour le Salon d’Alençon qui ouvre ses portes le 1er et le 2 juin prochain. A cette occasion sera décerné le prix Poulet Malassis, ce n’est pas une blague, c’est le nom de l’éditeur alençonnais qui avait édité Les Fleurs du Mal.

La Dame de Fécamp est retenue par le comité de lecture avec 5 autres romans. Résultat le 1er juin.

Quand même, je suis toute émue. C’est une jolie nouvelle.

 

Acrostiche

Ma petite princesse aux jolis doigts de fée

Ecoute le printemps se lever sur tes lèvres

La vie s’offre à Toi, ma fragile adorée

Insolente de force, ma  grande fierté

Ne te retourne pas,  continue d’avancer

Aie confiance en la vie, et laisse-toi aimer.

 

Sonnet

 

 

Sonnet pour celui qui ne voulait pas vieillir …

 

N’aie pas peur mon ami de  l’Automne qui vient.  

Laisse le vent  t’enlever dans sa course folle, 

La forêt t’habiller du parfum des  girolles,

L’automne est toujours un Printemps qui se souvient.       

 

 

Ne crains  pas  les rides creusant ton cher visage

Cette course du temps ne peut pas être vaine.

Elle offre à ton âme la sagesse du chêne 

L’automne t’embellit et n’est pas un naufrage.

 

 

les feuilles s’impatientent, et prennent leur envol. 

En amie la forêt cueille leur farandole.

Ne pleure  pas l’Eté si  facile à aimer,

 

Et surtout mon ami n’aie pas peur de l’Hiver

L’arbre n’est jamais seul au cœur de la forêt

Quand les feuilles reposent sur leur tapis de terre.

 

Christelle Angano

Aux enfants que nous ne sauverons pas

 


La Planète se meurt, crie sa désespérance
Petit enfant du Sahel au ventre tendu
Gamine violée, violentée dans sa chair,
Fillettes excisées par la main d’une mère.
Jeunesse que l’on musèle, dont on étouffe la voix,
Petite sacrifiée au fin fond de l’Asie,
Fillette abandonnée, effacée  quelque fois,
Désespoir et souffrance ; impuissance de sa mère.
Enfants soldats, Enfants martyrs, Enfants esclaves, Enfants perdus.
La Planète se meurt de cette hémorragie
Du sang de ses enfants, du massacre incessant.
Elle s’éteint doucement dans leurs yeux de Silence,
Quand la Nuit nous recouvre de son manteau uni.


Christelle Mafille, février 2012

Jade et Baptistine

Pas de pot les larrons

 

Oyez oyez braves gens la malencontreuse histoire de Jacquemin, le paysan qui s’était fait rapiner tous ses biens ! Ce dernier décida donc de s’adresser aux paysans sur la Grand-Place du marché. C’est parmi les aboiements, les caquètements, les cancanements et les meuglements qu’il prit la parole : — Oyez amis paysans écoutez-moi. J’ai une inquiétante nouvelle à vous annoncer. Cette nuitée des larrons ont rapiné tous mes biens. C’est pour cette raison que je ne tournerai pas autour du pot. Prenez garde amis paysans ! Quant à moi, je vais devoir faire face à cette saison calamiteuse. C’est alors qu’intervint Livia, une jeune femme brune au teint de porcelaine et fille de son voisin comme lui paysan. — Ce n’est vraiment pas de chance ce pillage, j’en suis attristée pour vous … Mais dîtes-moi mon cher Jacquemin, autour de quel pot vouliez-vous tourner ? Je croyais que les larrons vous avaient tout rapiné ! Cependant je propose que nous leurs tendions un attrapoire. — Vous êtes bien sotte espèce de bécasse ! Mais, je suis d’accord. ils vont sûrement revenir. Soudain Josette, une vieille femme aux cheveux enneigés et au regard de turquoise se leva. Elle avait une idée : prendre des pots comme celui de Jacquemin et les emplir de bouse de vache et de lisier. Tous les paysans en installeraient chacun un en équilibre au-dessus de leurs portes laissées entrouvertes. Ainsi quand les larrons les ouvriraient, toute la merdaille leur tomberait dessus ! Les paysans approuvèrent vivement l’idée. Ils emplirent un nombre considérable de pots de bouse et de lisier qu’ils coincèrent sur les portes de leurs masures. La nuitée arriva. Des larrons s’approchèrent du petit village à pas de velours. Un d’entre eux voulut ouvrir une porte. Ce qui devait arriver arriva ! Il se retrouva couvert d’une matière chaude et noire (inutile de préciser que notre larron fut bien parfumé). Apeurés, embaumés ils s’enfuirent à toutes enjambées. Le lendemain matin la fête battait son plein. Les paysans s’esbaudissaient et se félicitaient que leur piège ait bien fonctionné. Josette aperçut un chat noir, se mit à hurler, alerta les paysans qui crurent immédiatement que le Bon Dieu les avait punis de leurs idées farfelues. Ils se précipitèrent tous à l’église du village pour prier le Bon Dieu de pardonner leurs péchés. Et c’est alors qu’ils surprirent le curé qui fleurait bon la campagne… la bouse et le lisier !

Jade et Baptistine

 

Ce très joli texte a été rédigé par deux de mes élèves de 5°, Jade et Baptistine. Je suis très fière de vous le présenter.

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« Patron ! Encore un Girard »

«  – Patron, encore un Girard …

  • Ah non, tu as assez lu … » !!

En cette période de fin d’année malheureusement un peu morose, alors que les maisons sont peut-être moins scintillantes qu’elles ne l’ont été, j’ai envie de vous raconter une jolie histoire, une histoire de rencontre.

C’est une histoire moderne ; la rencontre s’est faite grâce à un réseau social : Henri Girard, en trois clics, est devenu un ami « virtuel ».

Ecrivain bas-normand, originaire de Briouze, dans l’Orne. Henri a vécu quelques années à Caen et sa région. Là, il a exercé plusieurs métiers, agent d’assurances, recenseur de cimetière ; avant de rejoindre une grande entreprise.

Aujourd’hui à la retraite, il se consacre à sa passion : l’écriture. Et c’est tant mieux ! Il est aussi souvent sur les routes (ou dans les trains) à la rencontre de ses lecteurs. C’est ainsi que j’ai eu la chance de le présenter à mes amis Douvrais …

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L’interview miroir

Interview « miroir » : quand Christelle Mafille présente Christelle Angano

 

C Mafille : cet exercice est bien un des plus étranges que j’aie jamais eu à faire …  Je vous demanderai donc, chère Christelle Angano, de ne pas m’en vouloir, si je me révèle « maladroite ». Pas toujours évident de s’auto-interviewer …

C Angano : ce n’est pas faux. Et puis, regardez, la reine dans Blanche Neige, à force d’interroger le miroir, elle s’est entendu dire qu’il y avait mieux qu’elle …

C M : – bon, ça va hein … On la commence cette interview ? D’abord, et avant tout, pourquoi un pseudo, et pourquoi, celui-là ?

C Angano : –  ça évidemment, il fallait s’en douter ! La question piège … Pourquoi  un pseudo ? Comme nous le savons toutes les deux ( !), j’écris pour les autres  (Mémoire de Babouchka, co-écrit avec Madame Nina Michel, et Tu devrais écrire un livre, co-écrit Frère Daniel Daniel), c’est pour cela que j’ai décidé de choisir un pseudo que j’utiliserai pour mes productions personnelles.

Pourquoi Angano ? C’est un clin d’œil à mon enfance. J’ai vécu 6 ans en Ethiopie. Langano est un lac éthiopien. C’est là que j’allais en vacances. On se retrouvait en potes. Voilà, Christelle Angano, comme un jardin secret, et une façon de dire à mes amis que je ne les oublie pas.

C Mafille : – Dois-je en conclure qu’une « production personnelle » est en cours ?

C Angano : – Oui et j’en suis très émue. Mon premier roman La Dame de Fécamp doit être publié courant septembre chez les Editions Kirographaire. C’est la première fois que je passe à l’édition. C’est une expérience très forte.

C Mafille : – Tu peux m’en dire un peu plus ?

C Angano : – La Dame de Fécamp est un roman très court, peut-être un roman d’initiation. C’est l’histoire de Julie Anne, le personnage  central. Julie Anne est en quête, et elle est pressée. Cette quête la mènera à Fécamp, entre autre …

C Mafille : – Julie Anne, Juluan …

C Angano : – oui, bien sûr. Celles et ceux qui auront lu Itinerrances (recueil autoédité il y a deux ans) comprendront que le choix de ce prénom n’est pas anodin. La magie de l’écriture, encore une fois.

C Mafille : – Pouvez-vous me parler de Kirographaire ?

C Angano : – C’est une petite maison d’éditions, à compte d’éditeurs, basée sur Marseille et Lyon. Leur politique est la suivante : donner leur chance à des auteurs non connus, ou en tout cas moins que Hugo ou Molière (y’en a pas mal !). Ils nous éditent, on leur amène un carnet d’adresses de libraires de nos régions. Une entr’aide, en quelque sorte. Cette idée n’est pas pour me déplaire.

C Mafille : – Pour en revenir à ton roman (on va se tutoyer, si ça ne te dérange pas), encore une belle couverture …

C Angano : – N’est-ce pas ? Comme pour Itinerrances, je dois cette couverture à l’artiste Arnaud Jusiewicz. Il a encore contribué à faire de ce roman un bel objet. Tout comme les Lunes d’Itinerrances, il est évident que la Dame au violoncelle est un vrai bijou.  Je tiens à le remercier encore et à lui dire que je serai ravie, un jour, de travailler pour lui.

C Mafille : – Très belle couverture et très belle quatrième de couverture aussi …

C Angano : – Oui, c’est vrai. Je suis très fière qu’Henri Girard ait accepté de la rédiger. En fait, il est pour moi le parrain de ce roman. C’est d’ailleurs lui qui m’a fait promettre de le présenter à des maisons d’éditions au lieu de l’autoéditer.  Il a tout de suite eu confiance en moi et j’en suis très émue. Je me dis ainsi que La Dame de Fécamp et l’Arlésienne de Tidbinbilla deviendront amies ! Plus sérieusement, je remercie Henri pour sa générosité et sa bienveillance.

C Mafille : – Aujourd’hui Henri Girard, hier Philippe Grimbert  (il a rédigé la préface d’Itinerrances) …

C Angano : – tu as raison Christelle ( !). J’ai de la chance, beaucoup de chance. Preuve aussi que les écrivains ne sont pas des êtres inaccessibles … En même temps, je travaille beaucoup pour mériter cette confiance, et ce n’est pas toujours facile, tu le sais bien. Et puis la contrepartie de cette confiance que ces personnes ont l’air d’avoir en moi est le stress que cela génère : la peur bien sûr de les décevoir. Je voudrais aussi faire un clin d’œil à l’ami Mallock qui m’épaule également depuis quelques mois.

C Mafille : – Bientôt la rentrée … des projets ?

C Angano : – c’est plutôt toi qui en as …

C Mafille : – Oui, une rentrée scolaire et la publication, cette fois en auto-édition  de    Tu devrais écrire un livre. Ce livre est coécrit avec Frère Daniel de la Maîtrise Notre Dame, à Douvres la Délivrande.

C Angano : – Tu veux m’en parler ?

C Mafille : – On inverse les rôles si je comprends bien … j’ai commencé ce travail, nous avons commencé ce travail, il y a deux ans. Mains de religieux et de laïque. Nous avons fait de nos différences d’opinion, le ciment de ces débats. Je garderai un excellent souvenir de nos heures de discussions à bâtons rompus.

Et puis, une autre actualité, mais j’aurai le temps d’y revenir : j’ai réussi à mettre en place un salon du livre à Douvres la Délivrande, qui accueillera le 3 novembre prochain une vingtaine d’écrivains. Son parrain : Henri Girard, évidemment.

C Angano : – Evidemment.

 

Voilà, chers lecteurs  et pour résumer, Christelle, qu’elle soit Angano ou Mafille a le plaisir de vous annoncer la publication prochaine de ces deux ouvrages … et est bien heureuse de vous retrouver à l’occasion de cette rentrée pour de nouveaux articles moins « nombriliques » …

Lettre au Père Noël

Cher Père Noël,

 

Ceci est ma lettre. Je ne sais pas si j’ai toujours été sage, mais bon, j’ai fait de mon mieux !

Alors, tu as peut être remarqué : je ne suis plus vraiment une gamine. Et alors ? On peut toujours rêver …

Et puis d’abord, toi et moi, on a un point commun (non, pas la barbe) : les gamins. Sauf que toi, tu bosses une fois par an. Le reste du temps, ce sont les lutins qui se tapent tout le boulot. Au Pays des Nuages, Rue des Merveilles, tout est bonbons, joujoux (x ou s ?? ah … la réforme de l’orthographe …), guimauve …

Chez moi, ce n’est pas vraiment pareil.

Pourtant, ce boulot, moi, j’y croyais. Un peu comme une mission, une « vocation ». J’avais envie de travailler avec des enfants, les aider à grandir, à devenir « citoyen ». Les amener à s’interroger, à s’émerveiller, à se révolter quelques fois, mais de manière efficace. Leur faire découvrir le bonheur de la lecture et de l’écriture aussi. Peut être les aider à trouver en eux un jeune écrivain qui s’ignore, ou un futur lecteur passionné.

Leur faire découvrir la langue française, ses merveilles, ses pièges …

Je pensais alors que prof était un métier riche et passionnant. Un métier plein de rencontres, de découvertes, basé sur le respect et aussi la confiance.

Oups, mais qu’ai-je dit là ?! Le QUOI ??

Le respect … Kesako ?

Entendu en conseil de classe, au sujet d’un de mes collègues, parti en retraite l’année suivante :

  • Le problème de votre collègue, c’est qu’il n’a pas su gagner le respect de ses élèves …

Que répondre à ce parent ? Je tente un vague « Monsieur, le respect est un dû. Un enfant de 12 ans se doit de respecter un adulte. C’est une base. Non ?

  • Oh vous ! Vous ne faites pas assez de dictées à nos enfants ! Et vous vous dites prof de français !

Petit à petit le conseil se transforme en peloton d’exécution. Une cartouche par prof, sous le regard ébahi et plutôt amusé de nos petits délégués …

J’arrêterai la liste ici, mais elle pourrait être longue. Mais que s’est-il passé ?

Je pense que notre pays souffre du désaveu de ses enseignants.

Arrêtons de  considérer nos enseignants  comme des gens payés à rien faire (je resterai polie), toujours en vacances (signalons une fois pour toutes que les vacances des profs ne sont pas payées, c’est leur paye qui est divisée par douze), en vacances ou en grève, quand ils ne sont pas malades !

Bien sur, il est anormal qu’une classe n’ait pas d’enseignant pendant plusieurs jours. Mais le scandale ne réside pas dans le fait que le prof soit malade, mais plutôt dans le fait qu’il ne soit pas remplacé. Et l’on reparle des moyens que l’on supprime. Y’a de quoi de faire grève, non !

Bref depuis quelque temps, on aurait presque tendance à nous faire passer pour le Père Fouettard !

Non seulement, on a de plus en plus tendance à ne plus respecter les profs, mais évidemment, on ne leur fait plus confiance. On se fait intrusif, critique. On interdit à son enfant de faire un exercice, on appelle le rectorat quand on n’est pas content, on n’hésite pas à  traiter le prof d’incapable, et tant pis si ce dernier a 20 ans ou plus, ou moins, d’ancienneté. On remet en question sa pédagogie, son savoir faire, son discours. On dispute le prof quand l’élève a une mauvaise note !

On n’écoute évidemment pas. « Si mon fils l’a dit … »

Parce que  l’enfant est roi.

  • Excuse-moi cher élève si je te mets une mauvaise note, excuse moi, je n’ai certainement pas su t’expliquer … Comment ? Je t’ai soupçonné de ne pas travailler ? Tu es sur ? Cela a du m’échapper … comment ? Ton papa veut me rencontrer ? Il n’est pas content ?

 

D’accord, j’exagère, mais à peine.

Pour tout vous dire, et pour rester dans la métaphore, être prof, ce n’est pas toujours un cadeau !

D’ailleurs si c’était à refaire …

Eh bien, honnêtement, je ne sais pas …

Allez, je vous en livre une dernière pour la route …

Je venais d’expliquer que je serais absente pour ma fille handicapée (intervention chirurgicale) :

«  – Oui, eh bien Madame (me dit la maman qui s’inquiétait que son fiston rate 3 heures de français) : quand on a un enfant handicapé, on ne travaille pas : on s’en occupe » !

 

Alors, Père Noël, (ou Fouettard) apporte-moi de la patience, et une nouvelle dose de dérision parce que là … je suis un peu à court.

N’hésite pas sur la quantité : je partage avec les copains : on est nombreux à en avoir besoin  !!

 

Je suis différent mais … je suis

 80% de handicap ? C’est dommage, 10% de plus et vous n’aviez pas la redevance télé !

 

Nous sommes en 1995, 1996 … Je suis à la Préfecture.

Je viens chercher ma vignette automobile, pour moi gratuite, « cadeau » de l’état pour me dédommager du handicap de ma fille. Je n’ai pas de grosse voiture américaine, mais cela me rend bien service ! je n’ai pas perdu sur tous les plans …

Mais voilà, à l’époque, je suis une petite nouvelle dans le  « club des parents d’enfants handicapés », et la pilule est assez amère, pour ne rien cacher.

Tout m’agresse ! La file d’attente, le regard des autres (« quoi sa gueule, qu’est-ce qu’elle a sa gueule » …) et cette carte orange, que je dois sortir.

« Station debout pénible » ; en même temps, ma fille a un an. De grands yeux bleus, et une moustache verte, cette sonde gastrique que je dois lui poser deux fois par jour. Sa tête est un peu aplatie, parce-qu’elle ne peut pas s’asseoir, et encore moins tenir debout !

Je tends donc ma carte. Monsieur Machin la saisit, la regarde, mais ne me regarde pas.

  • C’est dommage … 10% de plus et vous n’aviez pas la redevance TV …

Un instant, je me dis qu’il fait de l’humour.  Cela pourrait être drôle, dans un certain contexte. Avec des potes, des « qui ont le droit ».

Si en plus, l’administration se met à faire de l’humour noir, où va-t-on ? Et puis, ai-je envie de blaguer avec un mec de la Préfecture, pressée par une file d’attente qui m’oppresse ? Pas sûr !

Mais, je suis vite rassurée ! Ce n’est pas de l’humour !

Je décide de relever la tête :

« – Zut alors (ai-je dit zut ?) ! Quel manque de savoir faire ! Pas de bol ! »

Et voilà … bienvenue dans le monde extra-ordinaire, le monde parallèle  que je côtoie, que nous côtoyons tous les jours …

D’autres que moi l’ont dit. Bien évidemment, comment ne pas mentionner le très  beau texte épistolaire « Où on va Papa? » dans lequel Jean Louis Fournier s’adresse à ses deux fils.

Dans ce recueil, l’auteur rit, pleure, se débat, se révolte, fustige … Il n’y a pas un sentiment, une sensation, par lui décrit, que je n’ai éprouvé.

Et une vérité : nous avons du mal avec le handicap quand il est mental.

De plus en plus la société intègre (et c’est heureux) le handicap physique. Nous avons aménagé nos écoles (ou en tout cas, nous sommes censés le faire), nos entreprises doivent intégrer des personnes en situation de handicap (ou sont censées le faire) …  Bref, on va vers le mieux …

Et pourtant …

Les préjugés restent tenaces quand il s’agit du handicap mental.

Malgré la bonne volonté.

Parce-que cela nous met mal à l’aise. Que dire, que faire, quand quelqu’un vient vers nous, avec un grand sourire, pour nous accrocher, nous saluer, nous serrer quelques fois …

Nous sommes gênés, mal à l’aise. Logique, la société nous apprend l’inhibition.

« Non, ça, ça ne se fait pas …! »

Notre société a du mal avec le handicap … Dans certaines sociétés africaines par exemple, celui que l’on appelle « le fou », un peu « illuminé » peut être considéré comme un sage …

Nous on planque nos fous, nos handicapés … un peu comme on abandonne nos vieux. Parce-que ce qu’il faut, avant tout, c’est être « rentable », « productif » et si possible, mignon, jolie …

Quelle attitude avoir face à cette jeune fille qui tourne sur elle-même en riant à gorge déployée ?

Et cet autre qui salive un peu trop ?

Alors que faire …

Ce qu’il faudrait, à mon humble avis, c’est « positiver » notre curiosité … qu’elle ne soit plus du voyeurisme.

Arrêter surtout la  condescendance, la  pitié  … la mauvaise foi .

Apprendre, dès l’école, à accepter l’autre, même quand l’autre, a priori, nous semble un peu « bizarre ».

J’ai connu les parents qui protestent parce-que ma fille était dans la classe de leur gamin, les sorties scolaires qui lui étaient impossibles.

« – Nous n’avons pas d’AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) pour l’accompagnement … »

Mais madame, ma fille marche, et autonome, mange toute seule …

« -Oui mais elle handicapée … demandez au rectorat ! »

A u rectorat :

« – mais madame, votre fille n’est pas assez handicapée » …

PAS ASSEZ HANDICAPEE …

Il y a des gens qui osent dire des choses pareilles à des parents !

PAS ASSEZ HANDICAPEE …

Ben m… alors …

Je rate une redevance TV gratos et un AVS …

Cette phrase résonnera longtemps. Elle est d’autant plus douloureuse que je suis enseignante  et qu’il s’agit de MON administration.

Aujourd’hui le collège où je travaille a intégré l’ouverture vers le « monde » du handicap au projet d’établissement , et je suis très fière de cela ; l’objectif final étant bien évidemment la prise de conscience que ce n’est pas un monde à part, ni un un monde parallèle !

Nos élèves vont petit à petit apprendre à rencontrer des jeunes et des moins jeunes handicapés. Savoir ce qu’est un IME (Institut Médico Educatif), un IMPRO (Institut Médico Professionnel ), découvrir les ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail), les … découvrir les professionnels qui consacrent leur temps à nos jeunes , éducateurs spécialisés, orthophonistes, instituteurs spécialisés, psychologues, kinés  … La liste est longue.

Oser rire avec les gens sans rire d’eux ; oser les regarder aussi.

Oser parler de leurs proches parfois, handicapés eux aussi.

Réussir à être au camping et ne pas être mal à l’aise parce-que le gamin d’à côté est bizarre.

Nous autres, les gens « normaux » arrivons même à nous sentir agressés par un sourire … c’est un comble !

Savoir aussi que ces rencontres  sont enrichissantes pour tous.

Apprendre à vivre ensemble …

N’est-ce pas ce que l’on appelle l’Education à la Citoyenneté ?

Et puis, ne jamais oublier que « les gens fêlés laissent passer la lumière » !

 

Association Perce Neige :

www.perce-neige.org

www.apaei.org

Alors ça fait quoi …

«  – Alors ça fait quoi d’être publiée? »

 

Oui, c’est une bonne question. Au fait, ça fait quoi ?

Plein de sensations qui se bousculent, joie, fierté, trouille aussi, apaisement, certainement.

C’est « impressionnant ». On a réussi à franchir une étape. Comme un rêve qui se concrétise.

De la fierté, un peu quand aussi. Quelque part, un éditeur a décidé de vous faire confiance et de vous accompagner. Ce n’est pas rien. Parce que, il faut bien le dire, avant qu’il y en ait un qui dise oui, il y en a quelques uns qui ont dit non. Et pas toujours en des termes très respectueux. Mais ça, c’est une autre affaire.

Pour celui-là, qui vous a quand même un peu blessée,  c’est un peu comme une revanche. Même si, d’accord, l’esprit revanchard …

Bon, mais quand même !

La tête qui tourne un peu, tant qu’elle ne grossit pas … Il faut bien savourer son plaisir.

La hâte de voir son livre en librairie.  L’envie même, un peu saugrenue, de le commander soi-même, à la FNAC ou ailleurs « juste pour voir ». Ben quoi, on peut bien se faire plaisir non !

Et puis, un sentiment extraordinaire : celle d’appartenir à une famille. D’avoir été reconnue. Allo Docteur Freud … ?

Mais ça, c’est dans un premier temps.

Après, vous réalisez que « les gens » vont lire votre livre. Comment ? Où ?

Comment vont-ils s’approprier vos personnages, lesquels ne vous appartiennent déjà plus vraiment ?

Liront-ils dans un fauteuil ? Près de la cheminée ? Dans un train ? Au lit ? Aux toilettes (grands dieux non !) ?

Aimeront-ils Julie Anne que vous avez tant imaginée, façonnée, rêvée ? La  verront- ils comme vous la voyez ? La feront-ils rêver, fantasmer ? Ne va-t-elle les ennuyer ?

Et Marin, votre prof paumé … que vont-ils en penser ? sera-t-il compris ?Va t-il les toucher ?

Toutes ces questions vous obsèdent un temps. Vous guettez les messages, les réactions. Un compliment  et vous vibrez, une critique et vous …  bref, passons.

Certains avis vous font plus trembler …

Un élève de 5° qui vous dit « je suis fier de vous » … et vous avez envie de chialer !

Et puis, petit à petit, on sent que l’on est prêt à passer à autre chose.

On a envie de continuer.

Voilà, Julie Anne, Marin et votre ami sculpteur … il est temps pour moi de vous dire « bonne route » et de continuer la mienne. Je vous laisse avec La Dame de Fécamp. D’autres personnages m’attendent.

Ce fut une belle aventure. Je vous laisse avec vos lecteurs, que j’espère nombreux. Rendez les heureux.

Christelle Angano