BALAKLAV, FEMME LISANT

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Être prof …

EDUCATION – Professeur, est-ce vraiment le plus beau métier du monde? Il y a de quoi en douter, surtout si l’on se fie à la perception qu’en ont les principaux intéressés. C’est pour en savoir plus que l’association SOS Education a demandé à l’Ifop de réaliser un sondage dont les résultats sont publiés ce mercredi 18 juin sur son site. Il porte sur le moral des enseignants du secondaire.

Environ 500 profs ont été interrogés sur leurs conditions de travail, le climat social au sein des établissements et leur optimisme sur l’avenir du métier. Et la tendance n’est pas bonne. « Notre enquête rappelle le réel: les professeurs sont à bout », note SOS Education qui se présente comme « la plus grande association indépendante qui milite au quotidien pour une école plus efficace ».

Pour tenter de convaincre, elle met en avant cinq chiffres.

 

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instant de douceur

Farandole (Pour mon père)

Farandole

Seule sur le sofa, je me laisse sombrer.
Le halo de la ville se fait caressant.
Là-bas, bien plus loin, on entend une sirène.
Les outils de l’artiste près de moi s’endorment.

De blanches ombres m’entourent
Protectrices,
Inquiétantes aussi.
Certes vous m’accueillez, mais je me sens intruse.
Je vous observe attentive et silencieuse.
Votre beauté me bouleverse,
Vos silhouettes me hantent.
Vous ne me voyez pas ; égoïstes, superbes.
Savez-vous seulement que moi aussi, j’existe ?

Soudain, s’accélère mon cœur
De son si vieux phono, du fond de l’atelier
S’élève une musique, impétueuse mais douce.
Ravel prend possession de l’instant et des lieux.

Quand l’Artiste n’est pas là, la nuit, les sculptures dansent.

Le Boléro nous prend, la ronde peut commencer.
Dieu, que vous êtes belles, si pures et si blanches
Dans cette Farandole au fond de la nuit bleue.
Je m’approche de vous, timidement d’abord
Quand l’une d’entre vous, la plus belle qui soit
Me touche de la main et me prend dans ses bras.

Elle m’entraîne avec elle tout au creux du mystère.
Au fond de la passion, dans le ventre du monde.

Ensemble nous tournons, maintenant réunies.
Votre blancheur de pierre ma chemise de nuit
Derviche en négatif étourdie de bonheur.

Enfin la Musique prend possession de nous.

Doucement vos veines de marbre se gonflent.
Vos regards, étrangement, s’emparent alors
De mes rêves les plus fous.

La poussière de pierre en volutes s’élève
Un lampadaire nous éclaire de lumière
Accentuant ainsi vos allures de fantômes.

Je caresse des yeux une Mère à l’Enfant
Je m’y retrouve un peu, et te vois petit homme
Tu es là mon Juluan dans ce sourire si doux
Enfin grâce à la pierre, près de moi pour toujours.

Un couple enlacé s’embrasse tout près de moi.
Uni dans un Baiser Renversé, renversant.
Ensemble ils frissonnent de bonheur et d’extase.
Assurément ces deux là ne sont pas de marbre.

Telle l’œil du cyclone, leur étreinte nous aspire
Nous aspire, nous transporte, mais aussi me ravage.
Il n’est rien qui ne puisse jamais les séparer
C’est dans la pierre que leur amour est né
Dans la pierre à jamais il restera gravé.

Cette étreinte me renvoie notre solitude
Nous qui, hélas, ne sommes pas de pierre.
Mon mari, mon aimé, j’aurais tant désiré
Etre ta siamoise, pour jamais de toi
N’être séparée.

Au milieu de la ronde se dressent deux mains blanches .
Jointes, suppliantes face à la laideur du monde
Elles sont les chefs d’orchestre de cette Sarabande.

Non loin de là une Vierge me sourit.
Nous échangeons un unique et complice regard.
Toutes deux savons la douleur du sacrifice,
Toutes les deux pleurons notre enfant, notre fils.

Derrière moi, plus loin, Orphée pleure Eurydice.

Mais voici que la musique s’atténue, dissipant avec elle le sommeil de pierre.

Mes amies de la nuit reprennent alors la pose.
Compagnes de la nuit, vous êtes aussi mes sœurs
Nous sommes vous et moi les Filles de cet homme
Car à vous comme à moi, il a donné la vie.

Encore bouleversée de bonheur, moi qui sais
Je reviens au grand jour et renais à la vie.
En fermant les yeux, je calme mon cœur qui bat
J’entends alors le chant du burin sur la pierre.

Le Boléro s’est tu … et mon Père chante Brel.

Une jolie émotion

Je viens de terminer le très beau roman Revanche des Sans-Pères en Cotentin, de Jocelyne Corbel (publié chez Corlet). J’ai aimé cette histoire infiniment humaine, pleine de sentiments aussi excessifs que contradictoires (humaine quoi …). Et puis ce roman nous entraine dans les paysages du Cotentin. Et le Cotentin, je l’aime. Ou du moins, il y a des gens que j’aime là-bas.
L’auteure a eu une idée très originale : chaque chapitre débute par un incipit emprunté à un autre auteur (au hasard, Proust, Sagan, Modiano, mais aussi la Comtesse de Ségur, Amin Maalouf, G de Maupassant, Hemingway, Cabrel ou Céline … et j’en passe …).
Et bien quelle ne fut pas ma surprise d’y croiser … Christelle Angano et l’incipit de La dame de Fécamp ! Si si ! Je vous assure ! Page 122 ! (pour ceux qui ne me croiraient pas !).
J’étais tellement surprise que j’en ai sursauté dans mon lit, réveillant mon cher et tendre à grands coups de « t’as vu, c’est moi ! ».
Chère Jocelyne, je vous remercie de m’avoir invitée. J’en suis très fière et honorée.
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Coup de crayon …

Une fois encore, place d’honneur à l’œil ô combien juste et « acéré » de l’ami Pierre Ballouhey …

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Les amants d’Oradour

Gérard Berliner

Oradour, jean Tardieu

C’était le 10 juin 1944, et rien que d’y penser, mon cœur frissonne. N’oublions jamais Oradour sur Glane.

Oradour n’a plus de femmes
Oradour n’a plus un homme
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus de pierres
Oradour n’a plus d’église
Oradour n’a plus d’enfants

Plus de fumée plus de rires
Plus de toîts plus de greniers
Plus de meules plus d’amour
Plus de vin plus de chansons.

Oradour, j’ai peur d’entendre
Oradour, je n’ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom.

Oradour je crie et hurle
Chaque fois qu’un coeur éclate
Sous les coups des assassins
Une tête épouvantée
Deux yeux larges deux yeux rouges
Deux yeux graves deux yeux grands
Comme la nuit la folie
Deux yeux de petits enfants:
Ils ne me quitteront pas.

Oradour je n’ose plus
Lire ou prononcer ton nom.

Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos coeurs ne s’apaiseront
Que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.

Oradour n’a plus de forme
Oradour, femmes ni hommes
Oradour n’a plus d’enfants
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus d’église
Plus de fumées plus de filles
Plus de soirs ni de matins
Plus de pleurs ni de chansons.

Oradour n’est plus qu’un cri
Et c’est bien la pire offense
Au village qui vivait
Et c’est bien la pire honte
Que de n’être plus qu’un cri,
Nom de la haine des hommes
Nom de la honte des hommes
Le nom de notre vengeance
Qu’à travers toutes nos terres
On écoute en frissonnant,
Une bouche sans personne,
Qui hurle pour tous les temps.

Jean Tardieu