Oh le beau badge !

 

D’abord on a eu les fraises.

D’abord… Je n’avais pas aimé ; moi qui adore les fraises. Avec un soupçon de vinaigre balsamique et du basilic. je ne reviendrai pas sur cet épisode ; j’avais d’ailleurs écrit un article à ce moment, plus de 1000 fois partagé.

Et puis, il y a eu les « profs décrocheurs ». La formule m’avait laissée perplexe. peut-être parce que c’est un vocabulaire que l’on utilise plutôt pour parler de certains élèves. Bref, je prends un coup de jeune ! même si je ne l’étais pas… décrocheuse ! Oui, un peu infantilisant, m’étais-je dit à l’époque. Fallait-il voir là une « maladresse » ou était-ce u procédé pour participer à ce que l’on a appelé le « prof bashing » ? Seuls le savent ceux qui ont utilisé ce terme.

 

Maintenant, il y a les « médailles ».

Les médailles… Elles me renvoient tout de suite à l’époque des images  (voire aux bonnets d’âne)  que l’on pouvait se voir décerner à l’école. Images, puis tableaux d’honneur…

Elles me renvoient également à mon manuel des castors Juniors (vous l’avez eu vous ?), ou à mes cours de ski (j’avais eu le flocon, jamais été foutue de décrocher une seule étoile !).

Alors, je m’imagine avec mes collègues jouer dans la cour. Chacun avec son badge, jouant une improbable partie de pokémons. Ou tentant d’échanger un rose contre un bleu,

  • j’ai l’explorateur ! T’as trop d’la chance ! Toi t’as le bâtisseur ! Tu me le prêtes dis !
  • ça dépend ! Tu me l’échanges contre quoi ?
  • euh ! ma clé usb ? Un paquet de copies corrigées ? Allez, sois cool !
  • Non ! J’te dis ! T’avais qu’à pas décrocher !

Lire la suite

Tout ça pour ça…

 

« Si je me suis trompé, en disant :
Je t’aime, je préfère avoir dit : je t’aime.
On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans aimer. »


Pas un jour sans une ligne – Philippe Léotard

Fête des pères…

Bonne fête aux papas… à poux et pas à poux. Aux papas papous, ou pas. Aux papas papous ou pas à poux. Aux papas pas encore papas, à ceux qui aiment comme des papas… même s’ils ne le sont pas… papas. Et qu’ils soient papous ou pas (et même papous à poux).

Et puis enfin, une grosse bise à mon papa, qui n’a pas de poux… et qui n’est pas papou

Une lumière dans la nuit, préface de Jean Quellien

 

A une époque où nombre de généalogistes amateurs se lancent à la recherche de leurs ancêtres, la démarche de notre collègue Christelle Angaano, partie en quête de la mémoire de son arrière-grand-mère, pourrait sembler banale. Elle ne l’est pas.

En effet, Clara Chompton, n’était pas une femme ordinaire. En juin 1944, comme quelques habitants de Barneville-la-Bertran, non loin d’Honfleur, elle n’hésite pas à porter secours à des parachutistes britanniques tombés dans les bois de Saint-Gatien, à plus de 30 kilomètres de leur objectif : la fameuse batterie de Merville. Son geste est d’autant plus courageux qu’elle est, elle-même, d’origine anglaise. Naturalisée française, elle a de ce fait échappé en 1940 à l’internement dans l’un des camps destinés aux ressortissants des pays étrangers en guerre contre le Reich. Pour autant, elle n’en reste pas moins suspecte aux yeux de l’occupant allemand et le risque qu’elle prend n’en est que plus important.

A la suite d’une imprudence, elle est appréhendée avec six autres habitants de Barneville-la-Bertran. Commence alors pour Clara Chompton un calvaire dont les étapes sont celles que connurent bien des femmes arrêtées pour faits de résistance : le fort de Romainville, près de Paris, la déportation vers le camp de transit de Neue Bremm, à Sarrebrück, et enfin le camp de concentration de Ravensbrück dont elle ne reviendra pas.

En honorant la mémoire de sa bisaïeule,  Christelle Angano rend également hommage à tous ces Bas-Normands – et ils furent nombreux – qui n’hésitèrent pas, au péril de leur liberté et de leur vie, à apporter leur aide, au cours de la nuit du 5 au 6 juin 1944 et dans les jours suivants, aux nombreux parachutistes britanniques ou américains égarés à la suite d’erreurs de largage.

 

Jean Quellien

Professeur émérite d’histoire contemporaine

Université de Caen Basse-Normandie

Une pensée pour Clara

 

 

La maison de Clara

Ce jour où tout bascula

Barneville-la-Bertran, 19 juin 1944 5 h du matin. Le jour se lève doucement sur Barnevillela-Bertran. Tout est éteint dans la jolie maison à colombages. Les volets sont fermés, les lumières éteintes. La maison est silencieuse, peut-être encore endormie. Si l’on tend l’oreille, on peut percevoir le chant cristallin du petit ruisseau qui s’écoule gaiement derrière la maison ; celui-là même qui faisait le bonheur des enfants, au temps des vacances et des écrevisses que l’on pêchait, les pantalons retroussés sur les mollets, quand les cousins venaient aux beaux jours.

Pourtant, si aujourd’hui, tout a l’air calme et serein, ce n’est qu’apparence. Nous sommes le 19 juin 1944. Bientôt, dans quelques minutes à peine, des soldats allemands viendront arrêter la locataire des lieux, Madame Clara Chompton. Effectivement, les voilà qui arrivent. Ils frappent à la porte brutalement. Clara est seule. Robert, son fils, et sa jeune épouse, Suzanne, sont absents, heureusement. Le jeune couple, tout juste marié, vient d’emménager à Vasouy, près d’Honfleur. De toute façon, c’est bien elle, Clara, que l’on vient chercher. Sans ménagement, on l’emmène à Honfleur, à la Kommandantur. On a des questions à lui poser, au sujet de parachutistes britanniques qu’elle aurait aidés. Et puis, Clara Chompton, née Matthews, bien que naturalisée française, reste d’origine anglaise, et bien sûr, cela ne joue pas en sa faveur en ce mois de juin 1944. Nous sommes en pleine bataille de Normandie et les troupes allemandes sont « sur les dents ».

Extrait… pour ce jour tristement anniversaire. Il y a 76 ans, Clara était arrêtée

Une lumière dans la nuit

Qui n’en finit pas de briller.

 

Il y a quelque temps, un lecteur me demandait le mot qui me venait à l’esprit quand je pensais à l’acte d’écrire.

Respiration… c’est le premier mot qui m’était venu à l’esprit ; suivi de très près de « partage ».

Aujourd’hui, 12 jours après la publication d’Une lumière dans la nuit, cette idée de partage prend toute sa force. « Ecoutez » plutôt…

D’abord, il faut savoir que je ne réponds quasiment jamais quand on m’appelle sur ma ligne fixe, trop de démarcheurs. Sauf que cette fois-là, j’aurais dû.

Dimanche dernier, je décide de consulter mon répondeur. J’avais un message. Un message de monsieur M, c’est ainsi que je l’appellerai. À sa voix, je devine que monsieur M n’est plus très jeune. Et pour cause… C’est d’une voix très émue qu’il m’explique avoir vu l’article sur Une lumière dans la nuit. Il habite à Honfleur et il m’explique que gamin, il allait régulièrement chez Clara… (Imaginez ma surprise et mon émotion…). Il allait régulièrement chez Clara et même… il a gardé une photo de cette époque, photo qu’il me propose de m’envoyer. Monsieur M me laisse son numéro de téléphone, il attend mon appel, si toutefois je suis intéressée.

Si je suis intéressée ? C’est peu de le dire.

Je l’appelle dès le lundi. Notre discussion est interminable. Les souvenirs appellent les souvenirs ; j’ai les larmes aux yeux. Il me parle de mon arrière-grand-mère, telle qu’il la voyait enfant, dans les années 30. Je découvre non plus une résistante mais une femme simple, drôle, gaie… Monsieur M me parle de François, le fils de Clara, mort pour la France à 24 ans. C’était son copain. À cet instant, ils me semblent tous si proches… Clara, François dont le rêve était d’être écrivain…

Lire la suite

Monsieur M, suite

J’ai donc appelé Monsieur M. Discussion un peu « hors du temps », comme une faille temporelle.

Monsieur M a connu Clara. Il se souvient d’elle. Il me précise qu’il se souvient même de sa voix. Sa voix… Cette idée me laisse rêveuse. Quelle voix avait-elle ? Avait-elle un accent ?

Une fois encore, Clara me semble proche, très proche. C’est drôle, quand j’étais enfant, adolescente, tout ceci me semblait lointain, tellement lointain. Plus le temps passe, plus cette distance s’efface.

la voix de Clara…

cette précision m’interpelle vraiment beaucoup. Il faudra que je lui en parle. Il m’envoie la photo. Il est dessus, petit… Bien sûr, il me demande de la lui renvoyer après avoir fait faire une copie. je trouve cela touchant, cette confiance.

Monsieur M me dit son émotion quand il a appris ma démarche. Pour Clara, et pour ses compagnons. Son émotion me rend fière.
Il me dit avoir recherché ses documents, cette photo, après avoir vu l’article paru dans Ouest-France. Il ne savait pas si j’avais des photos de Clara. Bien sûr, je lui ai dit que je l’appellerais quand j’irais à Honfleur, je serais ravie de le voir, de le saluer et bien sûr, je serai ravie de lui offrir mon livre, bientôt.
Voilà… Encore une belle rencontre à venir. Il y a encore quelques personnes qui ont connu Clara. C’est magique. Clara existe de plus en plus.
Il paraît que quand on tape dans ses mains, on fait revivre une fée…
Et quand on écrit sur personne disparue… la fait-on réexister… l’empêche-t-on de « partir » complètement ?
En tout cas, Clara ne m’a jamais semblé aussi… vivante.

Monsieur M

Je ne réponds jamais sur mon téléphone fixe. ras le bol des démarcheurs qui veulent nous vendre n’importe quoi…

Sauf que là… J’aurais du.

Ce matin donc, je consulte mon répondeur. j’avais un message.

Une voix masculine, plutôt âgée. Très âgée probablement. Coup de fil de Honfleur et ce message, improbable, incroyable :

« j’ai une photo de votre arrière-grand-mère chez moi ».

C’est extraordinaire. Une fois encore, Clara me semble proche, si proche.

Bien sûr, je vais le rappeler dès demain. Je ronge mon frein, tente de me convaincre que l’on n’appelle pas chez les gens le dimanche.

Une photo de Clara… Cet événement me conforte dans l’idée que j’ai eu raison d’écrire ce petit livre. Oh bien sûr, le tirage sera intimiste, je m’en doute. Mais qu’importe… Il  a un vieux monsieur à Honfleur qui a entendu parler de mon projet, de ce livre, et qui a retrouvé, au fond d’une boîte peut-être, une vieille photo de mon arrière-grand-mère. Et cela me touche infiniment.

Clara qui a été arrêtée le 19 juin 44. Je pense à elle très fort en ce moment. 76 ans, ce n’est rien… C’est si peu. J’ai hâte de discuter avec monsieur M… tellement hâte.