8 Mai : Hommage à Nina Michel

Il y a quelques années, j’ai écrit ce texte pour mon amie Nina Fedoniuk – Michel, notre « Babouchka ». Née polonaise, déportée en tant que prisonnière russe à Dachau puis embauchée dans une ferme allemande, Nina arrive en France le 9 mai 45, aux côtés d’un prisonnier français. Depuis, inlassablement, elle vient  la rencontre de nos jeunes pour raconter. Mémoire de Babouchka, en vente sur ce site, retrace son histoire.

En ce jour de 1939, la petite fille, comme tous les jours, sort de sa jolie maison bleue aux fenêtres ornées de fleurs.

D’un signe de tête, elle salue les siens ; son père qu’elle admire tant et sa mère, douce et forte, déjà attelée aux tâches de la ferme.

Impatiente et le cœur léger, elle part pour l’école.

Aujourd’hui encore, elle va retrouver Monsieur Chvatov, son maître, qui lui apporte tant.

Il lui a donné le goût d’apprendre.

Apprendre pour savoir, pour comprendre … apprendre pour accepter, pour refuser aussi…

Apprendre pour se battre.

Elle chemin, elle repense à cette jolie métaphore que son cher maître aime à utiliser :

« Le manteau ne réchauffe pas : il protège la chaleur de votre corps »

Tout était donc en elle.

La force et l’amour ; l’espoir et la révolte …

Elle aime cette idée.

 

Mais quand elle arrive à l’école, c’est le chaos …

Monsieur Chvatov n’est plus là. Il ne viendra plus. Des uniformes l’ont emmené loin, là-bas, dans la neige, la tourmente, et le froid.

Lui et les siens.

Ils ne reviendront pas.

 

Alors, tout se déchaîne …

C’est le début de la folie, de la souffrance et de la peur.

La nuit tombe sur l’enfance de la petite fille.

Demain sera fait de larmes, d’adieux, de sang.

Adieu l’isba jolie, adieu le Bug, adieu  Papa, Maman  …

 

Monter dans ce train ; affronter la haine et le mépris.

Ce voyage au rythme assourdissant, dans les plaintes et les hurlements.

La petite fille se retrouve seule, dans cette fin du monde peuplée de silhouettes fantomatiques, comme elle, arrachées à la vie.

Compagnons de misère, frères de l’horreur, sœurs de douleur …

Résister, survivre, garder intacte cette étincelle d’espoir.

Elle repense à Alexandre Chvatov, à ce qu’il lui a appris.

Elle retrouve le feu qui brûle en elle, elle l’entretient.

Qu’il ne s’éteigne pas, jamais …

 

Aujourd’hui, la petite fille a 90  ans.

Dans ses yeux, l’étincelle.

Elle n’a jamais perdu son regard d’enfant.

Elle a surmonté la haine et la douleur, le chagrin et la peur.

Nina, mon amie, n’aie pas peur.

Nous serons vigilants ; et le Bug continuera de couler.

Alexandre Chvatov a bien fait son travail. Tu es son porte-parole, je le serai aussi.

 

Merci.

1 réponse
  1. Lucas Michel
    Lucas Michel dit :

    Itinerrances … Un chemin que l’on prend ,en errant au gré des pages … On est un peu sonné ;on est un peu rêveur par ce voyage où nous emmène Chris Angano. Une bouffée d’air nous manque parfois , comme si on était en apnée …Respire ! Des frissons nous parcourent le corps . vite réchauffés par une étreinte …Parcourant … Courant presque … S’arrêtant… Là … Parfois … Avant de tourner la page . Emotion ! Interrogation? Révolution !!! .. Amour !!! On ne sort pas indemne de cette oeuvre écrite avec la plume du coeur de Chris Angano .. J’ai adoré ! Voler d’une page à une autre, y revenir .. Que des mots pour des maux ! Je cite Chris « Au bout du compte , un jour Trouver sa route ; Au bout du conte, un jour Ne plus se perdre ! Merci

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