A propos de fraises… (lettre ouverte)

Madame,

Ce n’est pas la première que j’entends, que je lis des propos pour le moins déplacés, au sujet des enseignants. D’habitude, cela « glisse ». Et puis là, allez savoir pourquoi, cela ne passe pas.

Je ne digère pas.

Il faut dire que les fraises sont réputées pour être difficiles à digérer. Je dirais même plus, leur pouvoir allergène est également bien connu. Urticaire, eczéma… cela doit être ça.

Pourquoi donc cette réaction quasi épidermique ?

Peut-être parce depuis deux semaines, je m’évertue (et je ne suis pas la seule) à garder un contact avec mes élèves. A diversifier mon enseignement pour les « retenir ». Une journée de prof confinée… Lisez plutôt.

Weekend avant J1 : je passe des heures à me former à la visioconférence. Création de compte, formation, formation de collègues, une fois que j’ai compris. Cours à retravailler, corrigés à adapter. Recensement des élèves non connectés. Appels aux familles concernées. On rassure quelques parents paniqués, quelques élèves égarés aussi. On s’adapte aux élèves en difficulté… Parce que, il faut bien le dire, il y a ceux qui restent de côté. Ceux qui ne sont pas connectés, ceux dont les parents « télétravaillent », ceux qui n’ont pas d’ordinateur…

Et j’en passe.

Alors on tape les cours, on les imprime, on les envoie. Puis arrive le moment de la visioconférence. « madame, ma caméra ne fonctionne pas », « madame je ne vous entends pas », « madame vous ne m’entendez pas »… Alors on se spécialise dans windows 10, le pare-feu qui bloque parfois l’audio, le serveur qui n’est pas adapté…

Et j’en passe…

Quand le cours est terminé, on réalise que l’on a plusieurs classes. Que l’on va devoir tout recommencer. Mais entre temps, des parents ont appelé. « madame, comment faire ? je n’arrive pas à le faire travailler ». Ma boîte mail déborde  » mais pourquoi je ne peux pas me connecter à L’ENT »…  « Ni à « Pronote »… « Je peux vous appeler »… Et on n’ose pas refuser, parce, voyez-vous madame, notre métier, nous l’aimons.

Ce que je pense de cette intervention, c’est qu’elle était indigne. Diviser pour mieux régner. Le peuple panique, est en colère, pas de masques, pas de gel, pas de lits… Les commerçants, sont en panique, sont en colère, les charges, les salaires à verser, les entreprises à faire tourner… Coûte que coûte.

Alors, quel beau « dérivatif ». On va balancer sur les profs… Pour défouler un peu tout le monde ; l’agriculteur inquiet, le soignant épuisé, le commerçant déprimé. Mais oui, les profs, ils sont si « pratiques ».

En fait, je ne crois pas à l’écart de langage.  Et c’est ce qui me fait mal. Quant aux excuses… Je crois encore moins  en leur « spontanéité ». « Madame, vous allez présenter des excuses (pourquoi sur twitter ?) parce que l’on a besoin des profs en ce moment. Et puis ce sont de vrais « têtes de cochon », il ne manquerait plus qu’ils vous prennent au mot…

Voilà ce que je ressens. Oui, c’est indigne. Et je suis blessée. Et je sais que nombre de mes collègues le sont aussi.

Et ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Je ne me plains pas. Je suis admirative devant l’abnégation de nos soignants, et de tous ceux qui s’unissent pour faire face à cette situation. Je  veux juste dire, que nous autres enseignants faisons notre part, en y mettant tout notre cœur et toute notre âme. Et que nous méritons certainement plus de considération.

Voilà.

Pour finir, je n’aurai qu’un seul mot : non pas « et toc » mais plutôt « et… tagada ».

 

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