À écouter…

Il me semblait intéressant de faire ce partage. Évidemment, il y a une certaine logique, si l’on considère mon « engagement » aux côtés du GAMS, mais il ne s’agit pas que de cela.

Il y a tant d’idées préconçues en ce qui concerne la sexualité, et notamment, la sexualité féminine. Cette petite vidéo est assez efficace pour les mettre à bas.

Elle est donc, à mon avis, nécessaire.

 

 

 

Rencontres

Pas sur la bouche…

Je viens de « quitter » Delphine… l’héroïne de Pas sur la bouche, le dernier roman de Karine Langlois, publié aux Éditions de la Rémanence.
Roman psychologique, mais pas que, le texte est riche, comme le sont les personnages qui le peuplent. Et notamment, la jeune Delphine que nous accompagnons dans son apprentissage de la vie. Un apprentissage parfois douloureux, âpre, comme sait l’être la vie. Et justement, la plume de Karine (dont je vous ai déjà parlé) sensuelle, tout en douleur parfois, sait nous parler de ces femmes que la vie, loin d’être un long fleuve tranquille, n’épargne pas. Qui est Delphine ? Une jeune femme qui se découvre enfin, qui se rencontre, qui s’autorise à vivre…
Delphine… Karine… Je retrouve dans le personnage de Delphine quelques émotions rencontrées à la lecture de Dans la peau… Et ce n’est certainement pas un hasard…
Karine… Delphine… Il y a toujours un peu de nous-mêmes dans nos personnages. Une sensibilité exacerbée, l’envie d’y croire, la rage au ventre… Tout est là. Et           j’aime ça.

Aux bancs accusés

Je suis pourtant là depuis longtemps.

Disponible, prêt à vous accueillir, à vous recueillir même parfois. Vous avez gravé vos prénoms dans mon bois. Vos enfants ont goûté sur mes genoux puis ont fumé leur première cigarette près de moi. J’ai souvent été le témoin de leurs premiers rendez-vous amoureux.

De vos premiers rendez-vous parfois cachés, interdits, aussi.

Je me suis fait lisse sous les fesses des plus belles.

L’été, lorsque les nuits sont chaudes et lumineuses, que les enfants rient de bonheur devant l’immensité étoilée, je vous ai recueillis parfois, la bouteille à la main, trop éméché peut-être pour aller plus loin. Vous étiez bien heureux alors de me trouver là pour vous allonger quand votre sol tanguait ! D’autres fois, je vous ai consolés … Il suffit pour s’en convaincre, de compter les cœurs brisés et autres « Mort aux vaches » qui décorent mon dossier, par vous gravés.

Je me souviens de ce jour où j’ai supporté une femme qui donnait la vie. J’ai tenté de me faire le plus confortable possible, de rentrer mes échardes pour ne pas la blesser. Ensemble nous avons attendu et je l’ai soutenue. De tout mon hêtre.

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Ouragan dans un verre de whisky

Je vous livre ma nouvelle, retenue pour le prix Jean-Jacques Robert de Mennecy … (2014)

L’immeuble est coquet : de la pierre de Caen et une immense porte cochère bleue. On est jeudi. Sur la place, c’est le marché. Les étals sont pleins. On se croise, on se retrouve, on bavarde, on rit. Corps et âmes se retrouvent, se découvrent aussi. Mais Emmanuelle ne les voit pas. Dix minutes qu’elle poireaute. Elle a horreur de ça. Heureusement, la porte s’ouvre enfin. D’un geste distrait, elle remet coiffure et idées en place et se dirige vers l’ascenseur. La salle d’attente maintenant : papier jauni, fausses plantes vertes, canapé deux places légèrement défoncé, trois chaises, une table basse recouverte de magazines. Une vague odeur d’urine de chat. Emmanuelle s’assied et s’empare d’un numéro de Gala, sa Bible. Elle sait tout de ces célébrités et voue un amour sans limite à la famille Grimaldi, là-haut sur son rocher, inaccessible. Oui, Emmanuelle a pleuré à la mort de Grace et, depuis, toute sa tendresse et son admiration se sont reportées sur la famille de sa princesse disparue. Elle donnerait beaucoup, tout peut-être, pour rencontrer Caroline, son modèle, et participer, ne serait-ce qu’une seule fois, à un seul Bal de la rose, à Monaco.

– Vous pouvez entrer Mademoiselle …

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Joséphine

À Alain Bashung

À Pierre Barbéris

La longue main gantée de Joséphine tremblait légèrement tandis qu’elle introduisait la clé dans la serrure. Inconsciemment, elle souffla sur la mèche imaginaire qui barrait son front. Ce tic, trimballé depuis sa plus tendre enfance, trahissait son émotion. Son premier appartement ! Elle rêvait de cet instant depuis longtemps, l’avait préparé, attendu, patiemment comme un prisonnier fait le décompte des jours avant la liberté retrouvée. Pouvoir se prendre en charge. Être libre de se lever quand elle en aurait envie, de manger ce qu’elle désirait, si elle le désirait ; de s’habiller comme elle le voulait, de sortir, de rencontrer des gens, de partir loin ou bien de rester. Ne plus avoir de compte à rendre… Vivre enfin !

Oui, enfin vivre !

Oh bien sûr, il n’était pas bien grand, cet appartement. Une entrée avec quelques placards « si pratiques », une minuscule cuisine aménagée, une pièce à peine plus grande, mais lumineuse, un espace chambre dans une alcôve, une salle de bain avec un lavabo et comble du luxe, une baignoire sabot : un palais, son palais. La fenêtre de la salle donnait sur une petite cour intérieure. Son nouveau « chez elle », comme elle aimait l’appeler, était situé Place de la mare, en bas du Galion, près du jardin des plantes, et du centre-ville. Joséphine se retrouvait ainsi au calme et au cœur de la vie ; le tramway juste là et les bus pas trop loin.
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Le meilleur ami de la femme

Nouvelle écrite pour l’association Nous toutes 14

Aujourd’hui, c’est la fête rue George-Sand. Celle que l’on appelle encore « la petite Marie » s’apprête à souffler ses vingt bougies et toute la famille s’est réunie pour l’occasion. Ils sont tous là, les parents, les cousins, les amis. La fête bat son plein. Il faut dire que Marie est un peu le « rayon de soleil de la famille », comme l’appelle son oncle Marc. Un rayon de soleil… c’est ce qu’il s’était écrié sur le berceau de la petite. Depuis, ce surnom ne l’avait plus quittée. Et puis, Marie est la seule fille de la famille Collet. Elle a grandi au milieu de ses frères et de ses cousins, petite princesse au milieu de sa cour. Autour de la table, tout le monde devise gaiement, y va de son anecdote. Première dent, premiers pas, l’entrée à l’école, premières amours aussi… Sylvie, la maman, regarde tendrement sa fille. Peut-être pense-t-elle à tout ce temps passé ; ses vingt ans à elle lui semblent si loin, et pourtant, tellement proches. Paul, le père, bombe le torse en évoquant les résultats scolaires de sa fille.
Soudain, on demande le silence.
Carole s’est levée. Elle fait tinter sa flute de champagne avec sa cuiller. Tous les regards se tournent vers elle. Tout en rondeurs et en gentillesse, Carole est la femme de Marc et la marraine de Marie. On l’aime pour sa joie de vivre, son rire du genre « feu d’artifice » à l’image de son maquillage, toujours outrancier. On ne peut pas ne pas entendre, ne pas voir Carole. La quinquagénaire voue un véritable culte à sa filleule, elle qui n’a pas eu d’enfant avec Marc.
Ma chère Marie, ma petite chérie. Je me suis longtemps demandé quel cadeau je pourrais t’offrir pour tes vingt ans. Vingt ans… C’est l’âge où j’ai rencontré ton oncle. Enfin… Bref, tu n’es plus une petite fille. Et c’est à moi, ta marraine, qu’il revient de te guider. J’ai trouvé. Je te présente celle qui, à partir d’aujourd’hui, va devenir ta meilleure amie.
La « meilleure amie » n’est autre qu’une incroyable mallette de produits de beauté. Garnie de tiroirs, elle offre une incroyable déclinaison de couleurs. Tous les bleus, tous les roses, tous les jaunes sont là, les poudres, les fards à paupières, les mascaras, les crayons, les pinceaux, et une dizaine de rouges à lèvres… Carole semble n’avoir rien oublié.
Je l’ai constituée moi-même ma chérie. En pensant à toi. Ce sont tes couleurs…
Les yeux de Marie, encore remplis d’enfance, s’ouvrent démesurément sur le coffret. Il lui évoque la mallette de feutres reçue pour ses huit ans. À vrai dire, Marie n’est pas certaine d’avoir envie de grandir, ou en tout cas, pas comme ça. Petite, Marie se méfiait des déguisements, comme si elle avait eu peur de se perdre dans ces costumes qui ne lui ressemblaient pas. Elle, ce qu’elle aimait, c’étaient les gouttes de pluie qui roulent sur sa peau, le souffle du vent dans ses cheveux. Elle avait pour habitude de promener le bout de sa langue sur ses lèvres, comme pour mieux goûter la vie. Enfin, elle aimait les rayons du soleil et éprouver la tiédeur des nuits d’été. Ne risquait-elle pas d’étouffer sous toutes ces crèmes ?
Mais Carole, tu sais bien que je ne me maquille pas…
Eh bien, tu as l’âge maintenant. Et je serai là pour t’aider. Un peu de bleu sur les paupières, un peu de rouge sur les lèvres, du rose sur les pommettes, un peu de eye-liner. Ce n’est pas si difficile.

Pour Carole, « Le maquillage est le meilleur ami de la femme ». C’est l’étape obligatoire pour accéder au monde des adultes. Autant apprendre vite. Marie et sa mère s’étaient souvent gentiment moquées de cette marraine un peu excentrique, toujours fardée à outrance. « Tu colles » lui disait toujours Marie en essuyant, dans une colère enfantine, les traces de rouge à lèvres que sa marraine lui déposait sur ses joues fraîches. Tout comme sa mère le faisait, elle avait beau lui dire qu’elle n’avait pas besoin de cela, qu’elle était belle sans. Rien n’y faisait. Carole ressentait le besoin de se maquiller, du moins, c’est ce qu’elle répondait. 3Vous ne pouvez pas comprendre » comprendre, répétait-elle alors.
Un jour, elle s’était fâchée, presque jusqu’aux larmes. La mère et la fille s’étaient alors promis de ne plus évoquer le sujet. Après tout, cela ne les regardait pas.
L’avantage du maquillage, c’est que l’on te verra moins rougir, dit Marc, avec un clin d’œil. Ce sera plus pratique avec les garçons…. Et puis les hommes aiment que l’on se maquille pour eux, tu verras. ajoute-t-il avec un sourire entendu, Regarde ta marraine, elle se fait belle pour moi.
Autour de la table, on s’efforce de s’amuser de la remarque. Après quelques flutes, Marc plaisante volontiers. Ce n’est jamais très méchant, mais Marie n’aime pas ça. Elle, ne sourit pas. Sa mère la regarde, – allez, ce n’est pas si grave. Tu connais ton oncle… – peut-on lire dans son regard. Carole ne sourit pas non plus. À cet instant, elle semble isolée au milieu des rires qui fusent autour d’elle. Enfin, elle se ressaisit, fouille dans son sac et mécaniquement, en sort un poudrier.

Quelques jours plus tard…

Carole, on va finir par être en retard… Tu n’as pas besoin de trois heures pour te maquiller !

Au deuxième étage, assise devant sa coiffeuse, le menton posé dans le creux de ses mains, Carole cherche le courage. Aujourd’hui encore, il va falloir paraître. Cela fait tellement d’années qu’elle se sent laide et inutile. Elle voudrait crier, dire qu’elle est fatiguée. Elle voudrait partir aussi.

Tu vas te dépêcher ! On va nous attendre !
Le ton de Marc se fait dur, cinglant. Ce n’est pas la voix chaude et sensuelle, charmeuse et caressante des soirées. Non, les syllabes claquent, sans aucune douceur.
J’arrive, j’arrive…
Un peu de fond de teint encore, du rose pour les joues, de l’ombre à paupières, un peu de rouge à lèvres. Un instant, elle a envie de tout arrêter. Les yeux embués de larmes et la main tremblante, elle s’empare de son pinceau. Une nouvelle crise de larmes. Carole sent les sanglots l’étrangler. Sa gorge lui fait mal. Elle regarde son cou, violacé et douloureux. Quel foulard prendra-t-elle aujourd’hui ? Mais aujourd’hui, le maquillage ne suffira pas. La lèvre éclatée par la chevalière – celle-là même que Carole lui a offerte pour leurs fiançailles, la pommette violacée. Qui aurait cru ? Qui croirait ? Qui la croirait ? Le beau Marc, drôle et talentueux avocat pénaliste, farouche défenseur de la veuve et de l’orphelin.
Oui, qui la croirait ?
Carole se sent seule, se sait seule. Partir ? Pour aller où ? Quitter Marc ? Elle y a déjà songé, mais elle n’y arrive pas. Il est si fort, si beau. Elle aime sa voix qui savait la charmer, ses bras qui l’enlaçaient si fort. Marc, violent ? Elle n’a pas pu se tromper à ce point. C’est une passade, la fatigue, le stress. Il travaille tant. Il a tant de responsabilités. C’est un homme bon. La veille encore, il a été extraordinaire dans sa plaidoirie. C’est ce que l’on disait en sortant du tribunal.
Alors oui, quand il est rentré, il avait faim, il était fatigué.
Et le rôti était trop cuit. Elle n’était même pas capable de préparer le repas. Il avait raison, elle ne le méritait pas.
« Le maquillage, meilleur ami de la femme… » Si seulement elle osait parler. Elle savait que l’on se moquait d’elle, même gentiment. On la narguait pour ses joues fardées, ses paupières trop bleues. S’ils savaient… s’ils savaient que depuis quelques années, que depuis bien trop longtemps, sa mallette de beauté, celle-là même qui la faisait rêver jeune fille, était devenue non pas son amie, mais bien celle de Marc.

Sa… complice.

Depuis ce jour très précis où après une soirée douloureuse, la première d’une longue série, l’ombre à paupières avait servi à dissimuler les bleus que lui avait infligés le grand avocat. Cela fait longtemps que les mains de Marc ne la caressent plus. Ses mains se sont refermées, et ses poings sont lourds. Oui, de ce jour, la palette de bleus et de roses est devenue sa tenue de camouflage. Et Carole et ses yeux rieurs, la victime d’une guerre sans nom, impitoyable que l’on semble ne pas vouloir voir, qui meurtrit et qui tue tous les jours.

J’arrive Marc j’arrive. Je t’en prie, ne crie pas. Je finis de me préparer…
Mais Carole n’en peut plus. Et sa mallette ne peut plus rien pour elle. Son visage tuméfié lui fait peur. Elle ne pourra plus le dissimuler.
Alors, elle se lève, doucement, se dirige vers la fenêtre qu’elle ouvre calmement, qu’elle enjambe, apaisée.
Marc tambourine à la porte de la chambre.
Il ne l’entend pas tomber.

Subduction- Rencontre avec Valentin Buhour et Nathan Chapuis

À l’occasion de la Journée consacrée aux violences à laquelle j’étais invitée par Nous Toutes 14, j’ai rencontré Valentin et Nathan. Cette rencontre m’a touchée. Nous avons parlé harcèlement. Bien sûr, l’école, en tant que « micro société » est un lieu qui peut être violent. C’est une réalité qui m’est insupportable. Mère, enseignante, j’ai eu maintes fois l’occasion de me confronter à cette violence. Parfois j’ai pu aider, d’autres fois non. Et cette idée de n’avoir peut-être pas vu me rend malade.

C’est pour cela que je suis fière d’accueillir Valentin et Nathan sur ce site. Et de vous présenter Subduction, leur travail.

 

Les fleurs du lac à Deauville

Le samedi 14 décembre, je présenterai Les fleurs du lac à Deauville, au Pom’s, (3, avenue de la République). Invitée par l’association Nous Toutes 14, j’aurai le privilège de lire mes textes « le meilleur ami de la femme » (versions 1 et 2), nouvelles écrites pour l’occasion. À noter la très belle affiche, œuvre de la photographe Audrey Pasquet.

Depuis le mois de janvier, 141 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint…

 

 

Le texte de Lucy

Lucy est une élève de 5°. Elle vient de lire Gulliver. La consigne était de décrire des objets de tous les jours « comme si on était des lilliputiens ». Voici son texte. je précise qu’il n’y avait aucune erreur (orthographe, conjugaison, grammaire… RIEN)

Bienvenue à toi Lucy sur ce site, tu es une vraie « écrivain en herbe »

À l’aube, comme chaque jour, j’emmenai mon troupeau de chèvres brouter l’herbe des plaines sauvages.  Je marchais, suivi de mes bêtes, et écoutais le tintement régulier des cloches autour de leur cou quand je vis au loin, quelque chose qui me troubla.

Je crus d’abord qu’il s’agissait d’un arbre déraciné mais j’écartai bien vite cette hypothèse en remarquant que le long bâton couché n’avait ni racines, ni branches, ni feuillage. De plus, aucun orage assez fort pour faire tomber un arbre n’avait éclaté depuis ma dernière visite.

Je délaissai donc mes animaux pour m’ approcher de ce long bâton couché au sol. Il était semblable à un mât, mais il était d’une couleur inhabituelle, de la teinte des écailles des sirènes, créatures qui hantent les contes et les rêves, un beau bleu, légèrement vert. Une de ses extrémités, taillée en pointe, avait quant à elle, la teinte des rochers qui parsemaient les prairies verdoyantes. L’autre bout paraissait avoir été conçu dans une autre matière, aussi blanche que la neige.Une partie métallique reliait le pieu géant et la boule de neige qui ne fondait pas. Je pus également décoder une inscription gravée dans l’étrange bout de bois lisse : « HB ».

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