Une rencontre 100% émotion : Yves Jamait.

 

 

Nous sommes en  2001 quand pour la première fois, j’entends Yves Jamait à la radio. Il interprète « Dimanche ». Evidemment, je rate le nom de l’auteur, et le titre de la chanson ! Et puis quelques jours plus tard, je retrouve cette voix, chez Patrick Sébastien. Et toujours cette chanson. Comme la première fois, elle me prend aux tripes et me laisse sans voix, les larmes aux yeux et au ventre aussi. Toutes ces émotions qui font se sentir vivant.Découvrir l’univers d’Yves Jamait m’a fait du bien, parce que je me sentais « orpheline » de la chanson française.  Je … m’encroûtais.

Oh, bien sûr, je continuais d’aimer ceux qui m’enchantent depuis longtemps et qui n’ont jamais cessé de le faire, Le Forestier, Aznavour, Mitchell , Brel, Ferré , et tant d’autres … mais j’attendais.

Et puis Yves Jamait est arrivé, comme ça, sans  s’presser !

Un coup de cœur, un coup de foudre, une révélation.

Bien sûr, je découvre l’album. Aucun doute, Yves est l’artiste que j’attendais. Poète, chansonnier, rimailleur, interprète, plus amoureux de la scène que des projecteurs. Une poésie populaire et travaillée aux vers ciselés. Nous sommes proches du goualeur, chanteur des rues, voix écorchée, déchirée, héritier de Piaf. L’accordéon flirte avec le bandonéon, la batterie et la guitare ; Le jazz drague la java . Et puis, parce que la vie n’est pas que fleurs, ciel bleu, petits oiseaux et cotillons, parfois les textes d’Yves Jamait transpirent aussi les larmes, la sueur, la bière du désespoir, celles que l’on boit seul, quand la vie s’assombrit et que le chagrin nous fait de l’œil. La voix  se fait cri ; cri de souffrance et d’urgence. Cri à la face d’une société qui laisse « trop de monde dans l’escalier », ceux qui ne bénéficieront jamais des ascenseurs  qu’aiment à se renvoyer les puissants. Alors, la chanson décrit, dénonce, nous interpelle. « Combien de temps encore, va-t-on se laisser faire ? » La poésie s’engage et nous entraîne. Elle devient celle des laissés-pour-compte, des abandonnés, des oubliés du Bonheur et des Hommes. Urgence de chanter l’Amitié, les Copains, que l’on retrouve au Bar de l’Univers ou d’ ailleurs.

De chanter l’amour aussi dans ce qu’il a de merveilleux et de terrible.

Mais on aurait tort de résumer Jamait à une casquette et une Voix. Yves Jamait, c’est une plume exigeante : les mots, ceux de tous les jours deviennent des bijoux sous la plume du poète.

Voilà, oui, Yves est peut-être « passé par hasard », mais il s’est s’installé. Son public lui est fidèle et les tournées s’enchaînent, les concerts dans des salles intimistes ou plus imposantes se succèdent.

Et toujours le retour à Dijon, pour se ressourcer.

Pour conclure , et avant de donner la parole à l’artiste, si vous ne connaissez pas encore, n’hésitez pas,  plon -gez !

Rencontre

                        Nous sommes le mardi 15 mai. Après une longue journée de cours, je m’apprête à rencontrer Yves pour une interview. Il a accepté de m’accorder quelques instant,. En effet, il est en pleine répétition. Le concert débute à 20 heures.

Je suis un peu stressée, il faut bien le dire. Pourtant tout est prêt : le dictaphone (il fonctionne, je l’ai essayé sur le parking), l’appareil photos, et mon support : le questionnaire de Proust (j’ai même les réponses de l’écrivain). Il est 17h30, je me prépare. Les musiciens sont en train d’effectuer « la balance », c’est à dire, l’équilibrage de toutes les sources de musique. Je m’approche. Ouf, on n’avait pas oublié ma venue. Yves en profite pour faire sa pause. Il me propose un thé, s’en prépare un et nous nous isolons dans le bus de la tournée. L’homme est charmant et me met à l’aise, enfin … oui, je suis à l’aise, mais très émue. Je lui demande l’autorisation d’enregistrer, il accepte. Et voilà : je suis incapable d’allumer cette cochonnerie de dictaphone. Yves a la gentillesse de ne pas se moquer de moi, mais son oeil frise ! Bon, on va s’en passer.

Voici donc le fameux questionnaire et les réponses de l’artiste …

Quelle est la vertu que tu préfères ?

Je dirais la constance. [elle est rassurante, apaisante aussi]

La qualité que tu apprécies  chez un homme :

Indubitablement ses silences.

Chez une femme :

(rire) la répétition de ses silences.

Ce que tu apprécies le plus chez mes amis :

Qu’ils ne soient pas possessifs.

Mon principal défaut :

Je n’en ai pas, et ça … [ça, c’est terrible …]

Ton occupation préférée :

Cuisiner (premier métier d’Yves) [en ce moment, c’est la cuisine japonaise qui est à l’honneur, avec la confection de makis].

Ton rêve de bonheur :

Mon rêve de gamin : être chanteur. C’est étrange de se dire que l’on a réalisé son rêve d’enfant. Il faut se trouver d’autres rêves.

Ton plus grand malheur :

La mort.

Ce que tu  voudrais être :

Personne d’autre, à vrai dire ; il ne s’agit pas d’avoir un ego surdimensionné, mais être soi, c’est déjà bien.

Le pays où tu désirerais vivre :

En fait, j’aime la France et Dijon, ville à laquelle je suis viscéralement attaché. En fait, quand je sors des frontières de la France, je me sens moins bien.

La couleur que tu préfères :

Le rouge et le noir, sans hésiter. Je m’habille souvent en noir et j’aime le rouge.

La fleur que tu aimes :

Le coquelicot, forcément .

L’oiseau que tu préfères :

Le moineau, ou le merle parce que je le reconnais.

Mes auteurs favoris en prose :

Céline. Je viens de découvrir Céline et c’est une révélation.

Mes poètes préférés :

Verlaine et Georges de Cagliari. Tu sais, je ne suis pas allé à l’école longtemps. Ce que j’aime chez verlaine, contrairement à d’autres poètes, c’est que je l’ai toujours trouvé « accessible ». Quant à Georges, j’aime ses textes. Il a d’ailleurs écrit certaines de mes chansons dont « La cinquantaine », dans Saison 4.

Mes héros dans la fiction :

Sam Bot (sourires)

Mes héroïnes préférées :

Belphégor

Tes compositeurs préférés :

Purcell et Grieg.

Tes peintres favoris :

Toulouse-Lautrec et Otto Dix

Tes héros dans la vie réelle :

Les Philosophes. Les philosophes pensent pour améliorer le monde. J’ai beaucoup de respect pour eux.

Mes héroïnes  dans la vie réelle ?

Louise Labbé et Louise Michel, certainement.

Ce que te détestes par-dessus tout :

Que l’on me fasse chier.

Personnages historiques que te méprises le plus :

Tout ce qui ressemble à un dictateur et Thiers. Je déteste les boulevards Thiers !

La réforme que je respecte le plus :

Les congés payés.

Le don de la nature que j’aimerais avoir :

Etre le maître de mon corps.

Comment j’aimerais mourir.

J’aimerais ne pas mourir, je n’aimerai pas mourir. Ou alors de mon vivant, pour reprendre la formule. Non, la mort me pose un réel problème.

Quel est ton état d’esprit actuel, avant de monter sur scène.

Je me sens bien.

Quelles  sont les  fautes qui t’inspirent le plus d’indulgence

Les fautes de français … Je crois qu’il y en a une voire deux quelquefois dans mes textes …

Ta devise :

j’aime bien cette phrase de Jules Renard : « Le critique est un botaniste, je suis un jardinier ».

Eh bien voilà, ce qui devait arriver arriva : la dernière question. Il est temps pour Yves de rejoindre son équipe et pour moi de me remettre de mes émotions … et puis ce soir, c’est le concert.  Nous sommes au Big Band Café, une petite salle qui lui va bien ; d’ailleurs cela fait trois fois qu’il y vient !

Le temps d’une petite photo, tout de même.

Merci Yves de t’être prêté au jeu.

Discographie : 2001  De vers en verre,  2006  Le coquelicot,   2008 Je passais par hasard, 2009 :Yves Jamait en concert, 2011 : Saison 4

Et puis, un petit dernier, un livre Au hasard des Saisons ; Yves Jamait en textes et en images, préfacé par Juliette.

Site officiel : http://www.jamait.fr/

Mémoire de Babouchka

C’est un parent d’élève qui un jour, au détour d’une conversation, me parle de Nina Michel que je ne connaissais pas. Elle vit près du collège où j’enseigne. C’est une grand mère. Son histoire est extraordinaire. Nina est née polonaise, puis a été déportée à Dachau, en tant que prisonnière russe. Embauchée dans une ferme allemande, elle va faire la connaissance d’un français, emprisonné dans le stalag voisin. Nina a 17 ans, il en a une vingtaine. Le 9 mai 1945, ils vont tous les deux regagner la France et Douvres la Délivrande. J’invite Nina à rencontrer mes élèves de 3°, son témoignage est riche. Nous sympathisons. Elle me parle de sa difficulté, voire de son impossibilité d’évoquer son passé si douloureux quand elle est avec ses proches. Or elle veut leur raconter. Ses racines, ce sont aussi les leurs. Son histoire les concerne. Je lui propose donc de servir de « relai ». Elle me raconte, je lui prête ma plume. Mémoire de Babouchka va naître de ces séances et de notre complicité. Babouchka, c’est la « grand mère » en russe, c’est ainsi que ses petits enfants l’appellent.

Lorsque nous avons terminé ce petit livre d’une centaine pages, Nina m’a dit :

« Vous m’avez libérée ».

C’est certainement une des plus belles choses que l’on m’ait dite.

Ce livre sera autoédité, nous n’avons pas trouvé d’éditeur. 1500 exemplaires ont été tirés, distribués dans des collèges, vendus au Mémorial de Caen (ce dont Nina et moi-même sommes très fières). Il m’en reste quelques uns que vous pouvez vous procurer via ce site.

Par contre, si un éditeur était intéressé … Beaucoup de personnes demandent le livre (on me demande même une traduction en russe et en allemand …)

Voilà, cette première rencontre a été le début de mon aventure. Il y en aura d’autres.

Le cabanon jaune …

Un nouveau roman est en cours. Je le peaufine, je le lis, le lisse, le police … Je coupe, je tranche, j’adoucis. Au revoir Julie Anne et Marin, bonjour Cloé et Harold. Autre roman, autre univers, autre thème, évidemment.

Avec le Cabanon jaune, je vous emmènerai à Tahiti et aux îles Marquises.

Et puis encore et toujours la Normandie, et cette fois le port de Honfleur que j’affectionne tout particulièrement.

Bientôt, quelques lignes, en guise de mise en bouche.

Itinerrances – extrait –

lune

Depuis quelque temps, les nuits commencent à pâlir.

Le jardin se prépare, c’est bientôt le grand jour.

Elle le sait.

Tout au creux de son ventre, elle sent que le moment approche.

L’heure n’est plus à l’arrogance.

Même les étoiles, témoins familiers de sa détresse, se font discrètes.

Tout est calme,  silencieux … propice à la rencontre.

Elle se  prépare depuis si longtemps … 

Seize ans …

Seize longues années d’errance,  à espérer  la délivrance.

Sa délivrance.

Ce moment est inscrit en elle, inéluctable.

Il est temps … Ô combien !

L’angoisse et l’émotion l’étreignent.

Sa peur est palpable, intact est son chagrin.

Elle devra franchir seule cette étape nécessaire.

Elle le sait.

La Dame de Fécamp, « mise en bouche »

Avril 2010.

C’était une belle journée de printemps, la première après un hiver long et particulièrement déprimant.

Le bassin aux nénuphars miroitait sous un soleil certes encore un peu timide, mais qui malgré tout, semblait ne pas vouloir s’en laisser imposer par les quelques nuages encore gris de ce début de mois d’avril.

Çà et là, quelques primevères jouaient à cache-cache avec les pâquerettes et les premiers boutons d’or.

Le vieux cerisier se couvrait de promesses de douceurs à venir.

Alice, le chat de la maison, profitait de ce premier  bain de soleil tant espéré. Allongé sur le flanc, prenant des poses  nonchalantes, il observait discrètement mais avec intérêt les deux poissons argentés qui tournaient négligemment entre les feuilles des nénuphars.

Julie Anne avait installé son fauteuil préféré au milieu de la cour. Les yeux clos, le visage tourné vers le soleil, elle savourait cet instant,  en éprouvant, en analysant chaque sensation.

La chaleur caressante du soleil, la légère brise qui effleurait son cou la faisaient frissonner de délice. La mousse de ses cheveux sur la nuque, une mouche venue se poser là sur ses doigts ; autant d’infimes perceptions qui la faisaient se sentir vivante. De ses pieds nus, elle flattait les pavés irréguliers de la petite cour.

Les oiseaux également étaient de la fête. C’était une jolie pagaille. Cela piaillait, chantait, roucoulait, gazouillait.

Des hirondelles, nouvellement revenues, jouaient dans le ciel, composant des arabesques folles.

Près de la jeune femme, couché dans un panier, un chiot dormait. Un nouveau compagnon, venu rejoindre les poissons,  les crapauds et Alice 

Au loin, sur le port de Caen les mouettes criaient.

On entendait également des rires d’enfants. L’heure de la récréation avait  sonné à l’école d’à côté. Aujourd’hui, c’était carnaval. Une petite fille chantait à tue-tête la chanson de Blanche-Neige.

« Un jour mon prince viendra … »

Songeuse, Julie Anne se dit que ces derniers temps, c’étaient surtout les crapauds du bassin qu’elle fréquentait.

Alors, pour la première fois depuis bien longtemps, elle pensa qu’il était peut-être temps de passer à autre chose.

Ce fut comme un flash, aveuglant d’évidence.

Elle ne pouvait plus rester ; la cour ronde et protectrice devenait trop étroite.

Encore un départ.

Il lui fallait quitter la maison qui l’avait si bien protégée.

Un coup de téléphone à son chauffeur de taxi « attitré »qui arriva quelques minutes plus tard.

Enfin, Julie Anne,  après avoir fait une derrière caresse au chat, tendit le bras à Alain, celui-là même qui lui avait fait visiter la ville plusieurs mois auparavant et avec lequel elle avait fini par sympathiser. Elle appréciait sa discrétion, sa timidité et se sentait bien avec lui.

Elle sortit donc sans un regard pour le bassin qui pourtant l’avait enchantée, résolument tournée vers l’avenir..

Alain rangea le violoncelle et le grand sac de cuir dans le coffre de la voiture.

Comme toujours, la jeune femme garda son violon contre elle.

Direction Etretat.

Elle  y avait repéré  une petite maison. Tout ce dont elle avait besoin. Un endroit discret et calme, assez loin de Caen ; mais pas trop …

Une grande terrasse avec vue sur l’aiguille.

Elle s’y voyait déjà, avec son violoncelle et jouer, jouer encore, accompagnée des vagues et du vent.

C’est là qu’elle voulait retourner, maintenant.

Et puis, la Dame de Fécamp l’attendait : elles avaient rendez-vous.

Pour le reste, on verrait …

Mémoire de Babouchka

 

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Nina est née en Pologne en 1925,d’oigine Ukrainienne. Elle a 14 ans quan Hitler décide, dans le cadre dupacte germano-soviétique,de « rendre » l’Ukraine à l’Union Soviétique. Les 6 années ui vont suivre vont être celles du chaos et des séparations. Ainsi Nina va connaître l’enfer concentrationnaire et grâce à l’aide précieuse d’un passeur allemand (prisonnier plitique anti nazi), elle sera embauchée ans une ferme allemande. Là, elle fera connaissance de prisonniers Français, exilés comme elle. C’est avec un d’entre eux qu’elle décidera de constuire sa vie de femme libre, dès le 9 mai 1945.

Ce livre-témoignage est le fruit de a rencontre de 2 femmes : Nina Michel et Christelle Mafille (dit Angano) qui deviendra sa plume, sa confidente.

ISBN : 978-2-9533445-0-9

12 €

 

 

Itinerrances

verso

 

Il y a des enfants distraits, qui cherchent dans le ciel le reflet de leurs rêves : des enfants dans la lune. Il en est un qui y demeure à jamais et qui regarde de là haut une femme écrire et renaître. Ces contes poétiques sont pour lui, il le sait et sourit à sa mère, guidant sa main a fil de ces pages, reconnaissant sn refuge dans les dessins qui les parsèment. Au clair de ces lunes, des destins se déroulent, ligne après ligne, sous le croissant lumineux de son sourire.

Philippe Grimbert, romancier.

ISBN : 978-2-9533445-0-9

12 €