Enfances, (À Toi)

À ton regard profond qui cherche mon regard,
À tes doigts si parfaits qui enserrent ma main,
À ta bouche goulue qui dévore mon sein.
À toi

À ton rire joyeux, carillon dans mon cœur,
À tes pleurs quelquefois quand je ne suis pas là,
À mes larmes aujourd’hui, perdue dans notre nuit.
À toi

Aux châteaux de sable que nous ne ferons pas,
Aux plongeons dans la mer, à la vague à l’écume,
À la glace à la fraise et aux barbapapas.
À toi

À ton petit doudou si désoeuvré sans toi
À ta boîte à musique qui ne chante plus,
À cet adolescent que je voyais en toi.
À toi

A cette famille que nous aurions formée,
A tes frères et sœur, à la petite souris,
A ce Papa Noël que tu n’as pas connu.
À toi

Ton enfance me manque et j’ai perdu la mienne
Quelques fois je la cherche au creux de mon miroir.
Où est cette fillette au cœur rempli d’espoir,
Face à des lendemains qui chanteraient, peut-être.

Enfant privé d’enfance Maman privée d’enfant,
Je t’offre Petit Homme la mer et le vent,
L’arc-en-ciel un oiseau qui s’envole en chantant,
Le Renard et la Rose, endors-toi mon enfant.

Farandole

Seule sur le sofa, je me laisse sombrer.
Le halo de la ville se fait caressant.
Là-bas, bien plus loin, on entend une sirène.
Les outils de l’artiste près de moi s’endorment.

De blanches ombres m’entourent
Protectrices,
Inquiétantes aussi.
Certes vous m’accueillez, mais je me sens intruse.
Je vous observe attentive et silencieuse.
Votre beauté me bouleverse,
Vos silhouettes me hantent.
Vous ne me voyez pas ; égoïstes, superbes.
Savez-vous seulement que moi aussi, j’existe ?

Soudain, s’accélère mon cœur
De son si vieux phono, du fond de l’atelier
S’élève une musique, impétueuse mais douce.
Ravel prend possession de l’instant et des lieux.

Quand l’Artiste n’est pas là, la nuit, les sculptures dansent.

Le Boléro nous prend, la ronde peut commencer.
Dieu, que vous êtes belles, si pures et si blanches
Dans cette Farandole au fond de la nuit bleue.
Je m’approche de vous, timidement d’abord
Quand l’une d’entre vous, la plus belle qui soit
Me touche de la main et me prend dans ses bras.

Elle m’entraîne avec elle tout au creux du mystère.
Au fond de la passion, dans le ventre du monde.

Ensemble nous tournons, maintenant réunies.
Votre blancheur de pierre ma chemise de nuit
Derviche en négatif étourdie de bonheur.

Enfin la Musique prend possession de nous.

Doucement vos veines de marbre se gonflent.
Vos regards, étrangement, s’emparent alors
De mes rêves les plus fous.

La poussière de pierre en volutes s’élève 
Un lampadaire nous éclaire de lumière
Accentuant ainsi vos allures de fantômes.

Je caresse des yeux une Mère à l’Enfant
Je m’y retrouve un peu, et te vois petit homme 
Tu es là mon Juluan dans ce sourire si doux
Enfin grâce à la pierre, près de moi pour toujours.

Un couple enlacé s’embrasse tout près de moi.
Uni dans un Baiser Renversé, renversant.
Ensemble ils frissonnent de bonheur et d’extase.
Assurément ces deux là ne sont pas de marbre.

Telle l’œil du cyclone, leur étreinte nous aspire
Nous aspire, nous transporte, mais aussi me ravage.
Il n’est rien qui ne puisse jamais les séparer
C’est dans la pierre que leur amour est né
Dans la pierre à jamais il restera gravé.

Cette étreinte me renvoie notre solitude
Nous qui, hélas, ne sommes pas de pierre.
Mon mari, mon aimé, j’aurais tant désiré
Etre ta siamoise, pour jamais de toi
N’être séparée.

Au milieu de la ronde se dressent deux mains blanches .
Jointes, suppliantes face à la laideur du monde
Elles sont les chefs d’orchestre de cette Sarabande.

Non loin de là une Vierge me sourit.
Nous échangeons un unique et complice regard.
Toutes deux savons la douleur du sacrifice,
Toutes les deux pleurons notre enfant, notre fils.

Derrière moi, plus loin, Orphée pleure Eurydice.

Mais voici que la musique s’atténue, dissipant avec elle le sommeil de pierre.

Mes amies de la nuit reprennent alors la pose.
Compagnes de la nuit, vous êtes aussi mes sœurs 
Nous sommes vous et moi les Filles de cet homme
Car à vous comme à moi, il a donné la vie.

Encore bouleversée de bonheur, moi qui sais
Je reviens au grand jour et renais à la vie.
En fermant les yeux, je calme mon cœur qui bat
J’entends alors le chant du burin sur la pierre.

Le Boléro s’est tu … et mon Père chante Brel.

Itinerrances

« Au bout du compte, trouver sa route

Au bout du conte, ne plus se perdre »

Recueil de nouvelles poétiques autoédité (contacter l’auteure).

Il y a des enfants distraits, qui cherchent dans le ciel le reflet de leurs rêves : des enfants dans la lune. Il en est un qui y demeure à jamais et qui regarde de là haut une femme écrire et renaître. Ces contes poétiques sont pour lui, il le sait et sourit à sa mère, guidant sa main au fil de ces pages, reconnaissant son refuge dans les dessins qui les parsèment. Au clair de ces lunes des destins se déroulent, ligne après ligne, sous le croissant lumineux de son sourire.

Philippe Grimbert

Tu devrais écrire un livre

« Tu devrais écrire un livre » …

C’est de cette remarque qu’est née l’idée de ce témoignage.  Parce que ce livre est avant tout celui de l’Amitié, celle qui unit la famille Carpentier, Jean Marie Leroux et Frère Daniel. Il manquait une pièce au puzzle, une « plume » : Christelle Angano.

Ainsi donc, pendant deux ans Frère Daniel sa plume vont échanger, au sujet de la Maîtrise, des anecdotes, de la vie de Frère Daniel, mais vont également aborder des questions de société, l’amour, l’éducation, la politique …

Mains de femme, mains d’homme, laïque et religieux … ces rencontres se sont avérées enrichissantes parce que l’une comme l’autre a su travailler dans le respect, faisant ainsi de leurs différences le ciment de cet ouvrage.

Mémoire de Babouchka

Nous nous sourions, un peu embarrassées. Es-tu prête ? Es-tu
certaine de vouloir te lancer dans cette aventure ? Nous nous
installons dans ta cuisine, sur la petite table. Prévoyante, tu as
préparé du café et des petits gâteaux. C’est fou ce que je vais
manger comme petits gâteaux pendant ces deux mois ! Avant de «
plonger », nous parlons de notre organisation. Je viendrai le matin
pour t’écouter, j’écrirai l’après-midi. Je sors de quoi écrire et même de quoi t’enregistrer, mais tu te
raidis à la vue du dictaphone. Tant pis, nous ferons sans. Voilà, je
suis prête. Une fois encore, tu t’excuses pour ton léger accent, un
accent de pierres qui roulent, cet accent que tu n’as jamais perdu.
Tu prends une grande aspiration et nous voilà embarquées dans
une bien belle aventure. Ton regard se fait lointain, l’émotion est
perceptible. Te revoilà petite fille dans une petite isba, à Zalouge.

Hommage à Clara

À une époque où nombre de généalogistes amateurs se lancent à la recherche de leurs ancêtres, la démarche de notre collègue Christelle Angano, partie en quête de la mémoire de son arrière-grand-mère, pourrait sembler banale. Elle ne l’est pas.
En effet, Clara Chompton, n’était pas une femme ordinaire. En juin 1944, comme quelques habitants de Barneville-la-Bertran, non loin d’ Honfleur, elle n’hésite pas à porter secours à des parachutistes britanniques tombés dans les bois de Saint-Gatien, à plus de 30 kilomètres de leur objectif : la fameuse batterie de Merville. Son geste est d’autant plus courageux qu’elle est, elle-même, d’origine anglaise. Naturalisée française, elle a de ce fait échappé en 1940 à l’internement dans l’un des camps destinés aux ressortissants des pays étrangers en guerre contre le Reich. Pour autant, elle n’en reste pas moins suspecte aux yeux de l’occupant allemand et le risque qu’elle prend n’en est que plus important.
A la suite d’une imprudence, elle est appréhendée avec six autres habitants de Barneville-la-Bertran. Commence alors pour Clara Chompton un calvaire dont les étapes sont celles que connurent bien des femmes arrêtées pour faits de résistance : le fort de Romainville, près de Paris, la déportation vers le camp de transit de Neue Bremm, à Sarrebrück, et enfin le camp de concentration de Ravensbrück dont elle ne reviendra pas.
En honorant la mémoire de sa bisaïeule, Christelle Anjou (Angano) rend également hommage à tous ces Bas-Normands – et ils furent nombreux – qui n’hésitèrent pas, au péril de leur liberté et de leur vie, à apporter leur aide, au cours de la nuit du 5 au 6 juin 1944 et dans les jours suivants, aux nombreux parachutistes britanniques ou américains égarés à la suite d’erreurs de largage.

Jean Quellien
Professeur émérite d’histoire contemporaine
Université de Caen Basse-Normandie

De vous à moi

C’est l’histoire d’une famille.

Un peu amochée, un peu cabossée.

Des enfants qui rient ; un enfant qui meurt.

Une jeune fille « différente », mon enfant baroque.

Cette famille, cette vie,  c’est la mienne.  C’est aussi celle de nombreux parents. Parler de mes enfants, c’est parler de tous les enfants de la nuit, de tous les enfants baroques.  Pour qu’on les connaisse, pour qu’on nous connaisse.

Soyez les bienvenus dans notre univers.

Les fleurs du lac

« Tout commence quelque part en Éthiopie…. »
Mébrat est une héroïne, une vraie. Elle est de celles qui savent dire non, qui savent se battre. Une femme courageuse et forte. Elle ose! Comme Rosa Parks qui refusa de céder sa place, Malala déterminée à aller à l’école et qui faillit en mourir, Simone Veil qui défendit si bien les femmes, ou encore Meaza Ashenafi qui se bat encore et toujours pour la cause ses compatriotes à Addis-Abeba. Elle n’hésitera pas à se dresser contre un village entier en refusant la tradition, qu’elle va juger cruelle et résolument d’un autre temps…..

Le cabanon jaune

Après la disparition en mer de son père, marin pêcheur confirmé, au large des côtes Normandes, Cloé Lebon a besoin de comprendre. Qu’a-t-il bien pu se passer cette nuit-là, alors qu’il faisait si beau ? Petit à petit le doute s’installe avec ce sentiment confus mais obsédant qu’on lui cache quelque chose. De Honfleur aux Îles Marquises, en passant par l’Irlande, voyage initiatique, la jeune fille est en quête d’une réponse.