Des grands… Parents…

Quelque part, pas très loin tout au fond de mon cœur Tonton et Zazanne.

C’est un peu difficile pour moi de vous parler de mes grands-parents.

Suzanne est née en 1923, près de Saint Gatien des bois. Et je l’ai perdue, il n’y a pas très longtemps. Heureusement, j’ai eu le temps de caresser ses blancs cheveux, de lui chanter La mer de Charles Trenet, une fois, deux fois. De lui dire enfin qu’elle était la femme de ma vie.

Il faut vous dire qu’elle m’a élevée, avec Raymond. J’ai pu grandir, au creux de leur amour, dans leur pavillon de Saint Gatien des Bois. D’ailleurs, c’est moi qui les ai surnommés ainsi. Tonton et Zazanne. J’étais toute petite et elle se levait le matin, pour me faire mon chocolat. Parfois, souvent, pour me faire plaisir, elle me préparait son merveilleux riz au lait. Je n’en ai jamais mangé de meilleur. Je ne veux plus en manger.

L’hiver, elle tricotait mes pulls (tu vas me prendre froid !) l’été, elle crochetait mes robes. Mon grand-père aussi tricotait, et j’ai encore, dans mon armoire, ces vêtements sacrés. Parfois, je le caresse ce dernier pull rouge torsadé que tu as tricoté de tes mains déjà douloureuses, pour mon entrée à l’Université.

Petit à petit, avec les années, ma grand-mère est devenue mon amie, ma complice, et certainement un modèle. Elle m’apprenait à grandir, à devenir femme, mère, et enfin…. À vieillir. Et je me sens un peu seule aujourd’hui, forcément. Qui m’apprendra la suite, maintenant que tu n’es plus là ?

Je sais qu’elle était fière de moi. Elle attachait beaucoup d’importance au fait que j’aie un travail. C’était pour elle comme une revanche. Il faut dire qu’elle aurait aimé faire des études, et qu’elle n’a pas pu. Question d’époque. Alors une petite fille professeure, et plus tard (même toute petite) écrivaine… ! Je me souviens de ce jour où une de ces voisines est venue sonner chez elle, un exemplaire d’Ouest-France à la main : il y avait un article sur « la petite Christelle » !

Et les rires… Parce que oui, nous avons ri. Autant peut-être que nous nous sommes chamaillées. Non, plus. Nous riions énormément. Entre deux confidences. Nous laissions nos hommes partir se balader en forêt et nous restions toutes les deux, à papoter, à vider les placards ou les boîtes de photos. Pour être certaine que nous serions tranquilles, tu verrouillais la porte. Je ne saurais dire combien ces moments me manquent !

Aujourd’hui, je te retrouve au cœur de mes romans, tu es ici, tu es là… Le regard bleu de Marie, les mains douces de Charlotte, tu es partout. Je t’accueille bien au chaud, au cœur de mes lignes, caressée par mes mots, protégée par mes amies d’encre et de papier. Ainsi, tu ne me quittes pas. Je t’aime.

Et puis, il y a Raymond… Tonton.

Mon grand-père était aiguilleur du ciel, à la tour de contrôle de Saint Gatien des bois. Je l’admirais énormément. Ce métier me fascinait ;  un tricoteur d’étoiles ! Et puis, il était beau. Il n’avait rien à envier aux plus beaux acteurs américains. Ce que je retiendrai de Lui, ce sont nos baignades à Honfleur, quand l’eau froide nous rougissait les cuisses.

Et puis surtout, son potager. Toujours, je te reverrai enfourcher ton vélo pour partir « au jardin ». Un jardin extraordinaire… Eh oui, Trenet n’est jamais loin. Ce jardin était un enchantement ! Combien d’accrocs ai-je faits à mes jolies robes en dévorant les groseilles à maquereau ! La petite fille aidait son grand-père à ramasser les carottes, les salades, les poireaux, les patates… et j’en passe ! Tu m’avais laissé un plan ; j’y avais semé des marguerites et des soucis. J’adorais aller chercher l’eau à la vieille pompe pour les arroser. Aujourd’hui, plus de quarante ans plus tard, l’odeur des soucis après la pluie me ravit toujours autant. Étudiante, je venais vous voir et je repartais avec des cageots de légumes et des bouquets de monnaie du pape et de statis. J’en ai encore devant moi, sur mon petit buffet. Ces fleurs, tu les faisais sécher dans ta cave. C‘est volontairement que j’emploie ce possessif car la cave était bien ton territoire.

La cave…  Tu y faisais sécher tes fleurs, la tête en bas, les fleurs. Tu bricolais. Les outils étaient rangés, et bien rangés. Tu y faisais aussi les confitures. Mes préférées étaient tes confitures de mûres (cueillies dans le chemin du jardin) et de rhubarbe. La cave et son odeur… indéfinissable. L’odeur de l’enfance et de ces moments très doux, d’une très grande complicité. La cave, lieu de chasse au trésor. Tu rangeais tout. J’y ai même retrouvé mon « culbuto », un canard qui se balançait et Isidore, mon chat blanc en peluche, borgne. Il n’y a pas très longtemps, tu y as retrouvé deux « carapuchettes » ces petits avions de papier que tu avais confectionnés au Maroc, quand tu étais gamin ! Quelque quatre-vingts ans plus tôt ! Jolie transmission de savoir entre un petit garçon et son arrière-grand-père…

Aujourd’hui, Allo Papa Tango Charly, mon aiguilleur du ciel, tu traverses ton Triangle des Bermudes.

Mais il reste les carapuchettes, et la confiture. Comme un lien, merveilleux, tendre et inaltérable entre lui et nous. Sur un air de Glenn Miller.

In the mood.

 

Christelle Angano

 

 

 

 

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