Du Gribouillis au cri.

Je vous ai déjà présenté Pascal Reverchon. J’aime ses mots, sa façon de jouer avec eux, de se jouer d’eux aussi. Et puis, nous avons des points communs tous les deux : fans de Yves Jamait et de Boby Lapointe. Cela crée des liens. Alors, ce soir encore, je ne résiste pas à l’envie de vous faire découvrir ce texte, douloureusement beau. Un bien joli Gribouillis !

Et merde

j’avais un rêve en grand
en vrai
celui de vivre en amour
avec elle

y a quelqu’un
j’arrive de loin
je suis de là-bas
regarde mes pas

le sable a mordu mes pieds
puis la mer les a brûlés
je sais plus où les poser
j’ai nargué des frontières
racket de mercenaires
à noyer mes chimères
perdu tant de frères
mais marcher marcher
se taire lâcher s’amocher
j’ai fui devant vos guerres

nos dieux sont différents
pourquoi sont-ils plusieurs
y en a t’il un de meilleur
d’errance je suis déshérence
mais putain une maman
n’a que ses seins nous offrant

j’avais peur devant vos bombes
qui creusent nos tombes
peu importe la couleur de ma peau
je suis livide à la peur à la fuite

j’ai des envies de vivre de beau
de galoper en liberté
vous ne m’offrez que chevaux de frise
alors toi aussi tu me méprises
de barbelés acérés
sur ma vie de lambeaux
je savais pas que même à schengen
les militaires dégainent
nous hurlant la même rengaine
basta on the road again

j’avais un rêve en grand
en vrai
celui de vivre en amour
avec elle

mais si je pouvais mourir ailleurs
hein …
ailleurs que devant votre porte
hein…

j’ai sur mes mains le sang
de ma famille décimée
mais dans ma soif l’espoir
de ma belle aimée
qui viendra me retrouver

ma belle est belle comme la lumière
et vous m’embouez dans vos ornières
j’ai mal à ma terre j’ai mal à mes frères
et tant de galères pour un menteur poker

dis vous allez pas nous tirer
dis vous allez pas nous trier
pourtant je suis prêt à partager
le wagon à bestiaux
juste avant l’abattoir
le cœur de ce qui vit
irradie du chaud et de cris
les animaux s’entraident
dis moi quelques mots merde

je suis planté là
à deux pas de chez toi
tu mates la télé
mon village est pilonné
je suis parqué dans un camp
mon étoile brille jusqu’à quand

j’avais un rêve en grand
en vrai
celui de vivre en amour
avec elle

elle ne répond plus
vous non plus

mais si je pouvais mourir ailleurs
hein …
ailleurs que devant votre porte
hein

j’avais un rêve en grand
et l’homme est si petit

Pascal Reverchon

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *