Éthiopie …

Cette Afrique aux seins lourds,
Quand les femmes généreuses
Se parent de leurs plus beaux atours
Pour le plaisir de nos yeux.

Je me souviens de vos rires devant mes cheveux blonds, ma peau blanche de blanche et mes yeux bleus. Nous étions différentes et pourtant si semblables. Petite fille de là-bas à la voix chantante, je te vois encore dans mes rêves parfois. Un jour, t’en souviens-tu, nous échangeâmes ton collier bleu contre une mèche de mes cheveux dorés. L’as-tu toujours, ce blond bracelet ? Petite sœur aux seins nus et ronds, je voudrais pouvoir me dire que ta vie ne t’a pas trop blessée.

Jeune femme au regard lumineux, ton sourire me trouble mais je te trouve belle. Ton corps est tourmenté, ton âme semble sereine et j’aime quand tu ris de ton rire effronté.
Quel âge as-tu, comme moi, adolescente ? Peut-être déjà mère, certainement mariée.
Mon amie, petite sœur, malgré moi, je me sens un peu coupable.

 

Un vieux prêtre me guette me refuse ses yeux. Soudain je me sens un peu intruse. J’ose un sourire que je veux respectueux.

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Mais il se refuse à moi. Protégeant son âme de religieux de ma présence impie.

Et puis cette enfant au visage si grave. Petite Ethiopienne au regard de velours, au sourire un peu triste et si doux à la fois. Contre une pièce tu nous tends le produit de ta pêche.
Je me sens un peu seule face à ton sourire triste, moi qui ce soir, mangerai à ma faim. Où es-tu petite fille ? Ta fille aujourd’hui, doit-elle encore pêcher ? Femme Africaine heureuse aux rondeurs généreuses ? Un sourire sur ton visage s’est-il enfin épanoui ?

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Je revois mon Afrique tes marchés infinis. Ces bruits et ses odeurs tenaces et farouches. L’odeur des piments, et puis l’assaut des mouches, excitées par les effluves de sueur et de sang.

Le bleu des foulards, l’ombrelle rouge, protectrice d’un soleil de plomb impitoyable. Les chamah drappent vos silhouettes sombres.

Une autre rencontre au fil du temps. Une silhouette longiligne, beau visage digne et pieux.

Au cœur de la brousse, les rencontres sont magiques. Et la vie et la mort sont en harmonie. La lionne rode, le zèbre guette. Auprès de vous, je me suis sentie vivante et si libre. En harmonie avec les éléments. Je suis dans le berceau, enfant de la Terre.
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Quelques fois mon Amie tu te fais magicienne et offres à mon regard ébloui des tableaux surprenants.
Avec ce sentiment d’être hors du temps.
La pluie tant espérée est proche et les bêtes frémissent d’impatience.

Cette eau qui se refuse, je la rencontre pourtant.
Son cri assourdissant fait battre mon coeur.
Ses embruns caressent ma peau.
Ma peau assoiffée mordue par la chaleur.

Enfin un peu plus loin
La colère s’est apaisée.

Cette eau si précieuse est une affaire de femmes. C’est la vie qu’elle puise de leurs mains maternelles.

Bravant la fatigue, la peur et aussi la Mort qui guette

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Cette eau si nécessaire qui te brise le dos. Petite fille au sourire éclatant cependant. Tes pieds fatigués, endoloris par les cailloux et les kilomètres. Tu me donnes une leçon de vie et de courage.
Et de Révolte aussi.
Où es-tu aujourd’hui ? Tes filles vont-elles à l’école ?
Je pense souvent à toi, à ton sourire étincelant.

 

Photos : Jean Bélamy

Texte : Christelle Angano

2 réponses
  1. catherine
    catherine dit :

    magnifiques phots et textex superbes un moyen de voyager et de s evader une sensibilité a fleur de peau une realité parfois brutale mais nous ne pouvons pas rester insensible ou sans reaction devant tant de joie et de tristesse a la fois chapeau l artiste tu fais passer un message merveilleus bisous de ta copine

    Répondre
  2. annarosa
    annarosa dit :

    Avec cet article je suis retournée virtuellement dans les lieux de mon enfance! Tres touchant.
    je l’ai fait lire à ma fille aussi, pour quelle puisse comprendre les sentiments que l’on a au contact avec ce peuple incroyable. Merci chère amie d’enfance!

    Répondre

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