Hector et le Dumène (XIIIème siècle)

Bienvenue à Apolline au bout de ma plume !

Encore un très beau texte… Que je partage avec vous, pour vous occuper !

Apolline est en 5°…

Hector suait à grosses gouttes. Il avait fauché le blé toute la journée et avait maintenant les mains rouges. Il regardait les épis qu’il avait récoltés et souriait :

« Mère sera fière de moi, pensa-t-il, ce soir nous aurons un bon souper ! »

Le jeune paysan ramassa son chapeau de paille troué et se mit en chemin vers sa maison. Il savait qu’une longue route l’attendait. Avant d’arriver chez lui, il devait cheminer sans relâche sur une grande rue biscornue qu’empruntaient les charrettes et les carrosses du royaume. Après de longues heures de marche, Hector avait très mal aux pieds. Ses sabots, durs comme de la pierre, laissaient paraître de petites échardes écorchant les pieds du pauvre jeune homme. Ce n’était pas le problème majeur d’Hector, la soif lui irritait tellement la gorge qu’il aurait donné n’importe quoi pour une simple goutte d’eau. Alors qu’il perdait tout espoir de s’abreuver, un majestueux carrosse en or incrusté de pierres précieuses et de diamants s’arrêta devant lui. Un cocher ouvrit la porte de cette voiture et une resplendissante jeune fille apparut. Elle était d’une beauté sans pareille, couverte de bijoux avec de magnifiques cheveux blonds noués par un fil de soie rouge. Toute souriante, elle tendit une jolie gourde en argent à Hector :

«- Buvez très cher. Vous m’avez l’air en grande souffrance et je ne puis vous regarder plus longtemps sans ne rien faire. »

Hector hésita un instant, ne voulant pas souiller cette gourde de ses doigts pleins de terre, mais finit par la prendre dans ses mains et but l’eau à grandes gorgées. Ayant fini, il tendit le récipient à la jeune fille, et, comme se doit de faire un paysan, se mit à genoux devant elle pour la remercier.

« – Relevez-vous, ordonna la damoiselle. »

Hector s’exécuta. Il était étonné car il avait l’habitude que les riches lui demandent de se prosterner devant eux, un sourire narquois aux lèvres et un air hautain.

« – Que puis-je pour vous ma Dame ?

– Tenez-vous donc vraiment à me remercier ?

– Oui, je suis prêt à tout pour satisfaire votre désir.

–  Soit, répondit celle-ci, je ne désire rien. Le seul fait de vous voir bien abreuvé suffit à satisfaire ma joie. Voyez-vous jeune homme, je ne suis pas de ces riches qui profitent de leur lignée pour escroquer les pauvres. Mais dites-moi, je ne connais pas votre nom !

– Je me nomme Hector ma Dame. Et je vous remercie de tout cœur d’avoir usé de votre bonté pour me donner à boire. Je promets de vous servir fidèlement toute ma vie.

– Ce n’est rien. Maintenant, veuillez m’excuser, mon père m’attend et je dois à tout prix rentrer au château. Au revoir. »

Hector n’eut même pas le temps de lui répondre qu’elle rentra dans son carrosse et partit.

« Voilà une bien gentille jeune fille, se dit-il. »

Sur-ce, il se remit en route.

 

Le lendemain, Hector se leva de bonne heure. Il s’habilla en vitesse et s’engagea sur le chemin qui menait à la grande rue biscornue. Il cheminait tranquillement lorsqu’il ouït une personne crier :

« – OYEZ !! OYEZ, BRAVES GENS !! »

Curieux, il s’approcha de la place du palais où était réunie une foule de gens. Au milieu, un valet du roi clamait :

« – VIVIANE, LA FILLE DU ROI, A ÉTÉ ENLEVÉE PAR LE DUMÈNE ! LE ROI CHARLES DONNE UNE RÉCOMPENSE DE 10 000 ÉCUS À CELUI QUI IRA LA LIBÉRER ! »

L’assistance murmurait de terreur. Hector écouta les gens pour en savoir plus. Un petit enfant demandait à sa maman :

« – Dites mère, qu’est-ce le Dumène ?

– Le Dumène, mon enfant, est un énorme monstre se nourrissant de chair humaine et vivant près du royaume. À seulement quelques lieues ! On raconte qu’il a deux têtes et qu’il est plus grand qu’une maison !

D’un autre côté, un groupe de barons discutait :

– 10 000 écus ! C’est une somme !

– Peut-être, mais qui serait assez fou pour aller affronter le Dumène ?!

– Oui, cette bête est monstrueuse ! »

Hector n’écouta pas plus. Il rajusta son chapeau et pensa :

« Quelques prétendants du trône iront bien sauver la file du roi ! Je ne vois pas pourquoi tout le monde s’inquiète de cette façon ! »

C’est alors qu’une affiche collée sur un arbre attira son attention. Elle parlait de l’enlèvement de la princesse Viviane. Un joli dessin d’elle était placé juste en dessous. Hector se pencha et regarda la jeune fille représentée. Elle lui rappelait quelqu’un…tout d’un coup, il se souvint :

« La Demoiselle qui m’avait donné à boire ! C’est la fille du roi ! »

Hector se sentit tout triste. Cette jeune Dame était si belle, si gentille…et maintenant, elle allait périr dans l’antre d’un montre sans pitié ! Si seulement quelqu’un pouvait la sauver…

« –Mais ce quelqu’un, c’est moi, se dit Hector ! »

Déterminé à sauver la belle princesse, Hector s’engagea vers le château royal. À l’entrée, deux gardes lui bloquèrent le passage avec leur lance :

« – Halte ! Que viens-tu faire ici ?

– Il faut que je parle au roi Charles.

– Bien, suis-moi, décréta un des gardes. »

Hector obéit. Ils traversèrent la cour, elle était remplie de personnes de hautes lignées, barons, ducs, empereurs… tous regardaient le jeune paysan avec dégoût. Le garde s’arrêta devant une grande porte et l’ouvrit. Le jeune garçon entra dans une somptueuse salle enrichie d’or et d’argent. Des lustres de cristal étaient accrochés au plafond et de magnifiques tapisseries ornaient les murs. Toute au fond de la pièce, trônait un siège d’or incrusté de pierres précieuses et de diamants. Dessus, se trouvait un vieux monsieur en cape de soie rouge pourpre avec une superbe couronne sur la tête. Hector se prosterna devant lui, le garde fit de même.

« – Roi Charles, dit-il, ce paysan veut vous parler.

– Eh bien, répondit l’intéressé, qu’il le fasse. Vous pouvez vous retirer, garde. »

Ce dernier s’exécuta. Hector resta face au roi. Prenant son courage à deux mains, il déclara :

« – Roi Charles, c’est un honneur de vous rencontrer. Je voulais vous parler au sujet de votre fille. Je l’ai rencontré une fois, j’ignorais son statut, elle m’a gentiment donné à boire et, en remerciements,  j’ai promis de la servir fidèlement toute ma vie. Je tiens à ce que cette promesse soit tenue. C’est pourquoi j’ai pris la discision d’aller délivrer la princesse Viviane.

Le roi soupira :

– Beaucoup de chevaliers ont refusé de sauver ma chère fille, le Dumène leur fait peur. J’admire votre courage mais serez-vous à la hauteur de la tâche ?

– Je suis prêt à tout. Je m’engage dans ma décision.

– Bien, je vous remercie. GARDE !

La porte s’ouvrit et un soldat entra :

– Votre Majesté ?

– Je veux que ce jeune homme soit baigné, lavé, paré et armé comme un vrai chevalier.

– Bien votre Grandeur. »

Hector suivit le garde. Ils traversèrent ensemble la salle du trône et s’aventurèrent dans un couloir. Le jeune paysan songea à sa décision :

« – Ai-je raison de vouloir délivrer la princesse Viviane ? Le Dumène paraît terrible…Enfin, ce qui est fait est fait. Je vais tenir ma promesse quitte à en mourir. »

Le soldat l’amena dans une grande pièce humide, munie d’une grande bassine d’eau et de plusieurs savons. Assise au milieu du linge, une vieille dame lavait un chemisier en chantonnant. Le garde appela :

«- Isaure ! »

L’intéressée  arrêta de fredonner et se retourna, un sourire aux lèvres :

«- Gauthier ! Que viens-tu faire ici ?

– Ce paysan doit être lavé et habillé comme un chevalier. Ordre du roi.

Isaure dévisagea Hector :

– Depuis combien de temps n’as-tu pas pris de bain mon p’tit gars?

Hector regarda ses vielles guenilles et sa peau toute sale. Honteux, il déclara :

– Je ne sais pas…

La vielle dame fronça les sourcils et marmonna :

– Eh bien, ça ne va pas être du gâteau.

Puis se tournant vers le soldat, elle ajouta :

– Tu peux partir tranquille Gauthier, je m’occupe de tout.

Isaure remonta ses manches et ordonna à au jeune paysan :

– Déshabille-toi mon gaillard qu’on en finisse ! »

 

Hector s’observa dans la glace, il avait du mal à reconnaître la personne qu’il contemplait. Il était tout propre, les cheveux biens coiffés, avec une armure flamboyante munie d’un joli heaume et d’un haubert réalisé dans un tissu de maille. Il se retourna vers Isaure et la remercia :

« – Je vous doit beaucoup pour vous être occupée de moi.

– De rien mon p’tit. Je pense que tu es fin prêt. Je vais t’emmener aux écuries, suis-moi. »

La vielle dame et le jeune garçon traversèrent la cour. Cette fois-ci, les barons, les ducs, et les empereurs saluèrent Hector d’un signe de tête. Le jeune paysan trouva cela fort plaisant. Quand il arriva dans les écuries, il eut la surprise de retrouver le roi Charles qui, en l’apercevant, déclara :

« – Vous avez fait du beau travail Isaure.

– Votre Majesté m’en voit ravie, répondit la vielle servante. »

Le roi prit la plus belle lance, un bouclier, une épée et les tendit au jeune paysan :

« – Prenez mon garçon, vous en aurez besoin.

Hector s’arma. Ainsi paré, il était prêt à affronter tous les risques. La reine s’approcha d’Hector, une larme coulait sur sa joue. Toute tremblante, elle sanglota :

– Jeune paysan, je vous remercie du fond du cœur d’aller délivrer ma fille ! Promettez-vous de me la ramener ?

– Majesté, je vous le promets. »

Sur-ce, le jeune garçon monta sur le cheval que lui tendait un serviteur. Il empoigna les rênes et donna un coup sur le flan de son destrier. Aussitôt, la monture partit au galop et Hector franchit les portes du château. Il allait trouver le Dumène et lui donner une bonne leçon !

 

Hector cheminait depuis deux jours. Il avait traversé des vallées, des plaines, des champs et se trouvait maintenant devant l’antre du monstre. C’était une grotte de taille géante munie de piques de pierres telle une gueule béante d’un animal avide de chair fraîche. Le paysan regarda le fond de la caverne opaque et cria :

« – DUMÈNE !! VIENS TE BATTRE ET PROUVE-MOI TA FÉROCITÉ !! »

Un horrible grognement provint de la grotte. Le sol se mit à trembler et le cheval d’Hector hennit de peur. Un monstre hideux sortit alors de l’ombre et rugit sur le jeune garçon. Il était vert foncé, et, avait effectivement deux grosses têtes répugnantes. C’était sans parler de sa taille qui égalait en hauteur le château du roi Charles ! Hector comprenait donc pourquoi il était le seul homme à vouloir sauver la princesse. Mais il était trop tard pour rebrousser chemin, le Dumène avançait ses grosses pattes vers lui. De toute façon, le jeune garçon avait fait une promesse au couple royal et comptait bien la tenir ! Il s’élance alors vers le monstre et tente de lui planter sa lance dans la gorge. Mais malheureusement, le paysan manque d’entraînement et il ne fait qu’égratigner les écailles du Dumène. Dépité mais déterminé, il repart au galop vers la bête et cette fois-ci, ne rate pas son coup. À l’aide de son épée, il tranche une des deux  têtes du monstre. Le Dumène pousse un cri de douleur. Le sang chaud coule alors sur le sol, souillant la figure tranchée qui roule par terre. La bête donne un énorme coup de queue dans le ventre du jeune garçon. Hector tombe sur le sol si violemment que son heaume se casse en deux. Le pauvre paysan qui a perdu ses armes dans la chute se trouve démuni. Le monstre s’approche de lui la gueule grande ouverte comme pour le dévorer. Désemparé, Hector court se réfugier à la lisière de la forêt mais il trébuche sur une pierre et tombe au sol. Le Dumène pousse un hurlement de victoire et fait un pas vers le jeune paysan. Celui-ci, croyant que la fin est proche, écarquille les yeux de terreur. C’est alors qu’il remarque une silhouette dans la grotte : la princesse Viviane ! Elle lui fait un signe et lui désigne un rocher non loin de là. Hector, écoutant les conseils de la belle, court se cacher derrière. En s’asseyant, sa main touche un objet lisse. Le jeune garçon le prend et se réjouit en voyant sa lance. Vaillant, il se redresse face à la bête et lui plante son arme dans le cœur. Le Dumène hurle de douleur et s’affale sur le sol, mort. Hector pousse un cri de joie et court rejoindre la princesse. Heureux, il s’agenouille devant elle et dit :

« – Ma Dame, je suis heureux d’avoir été à votre service et je vous remercie de m’avoir aidé.

La belle Viviane sourit :

– Preux Hector, je vous ai reconnu et je vous remercie de votre bravoure. En me sauvant, vous avez prouvé que même un paysan peut-être plus brave qu’un chevalier. »

 

À la suite de cette victoire, Hector se fit nommer chevalier et épousa la princesse Viviane. Ensemble, ils régnèrent de longues années sur leur royaume avec bonté et sagesse.

 

 

 

 

 

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1 réponse
  1. Lucy
    Lucy dit :

    Bravo Apolline pour ce magnifique texte !

    Répondre

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