Le 6 juin en Normandie

 

6 juin 2020.

Ce 76è  anniversaire n’est pas comme les autres, assurément.

Nous sortons tout juste de confinement, et pour la première fois, nous ne croisons pas de vétérans.  Et pourtant, ici et là, on peut voir les villages, petites villes et autres agglomérations se mettre sur leur 31 pour honorer cette date. A Douvres, les commerçants se sont réunis pour égayer le centre-ville, ballons tricolores, tenues tricolores.

C’est assez émouvant, cette volonté farouche de vouloir commémorer tous les ans cette date qui s’éloigne. Ici, les vétérans sont accueillis à bras ouverts, certains sont devenus des « familiers » et c’est toujours avec beaucoup d’émotion que l’on apprend que l’un d’entre eux ne sera pas au rendez-vous.

Alors pourquoi ? D’où vient cet attachement à cette date ?

 

Bien sûr je me suis posé la question. Je crois que la réponse réside dans nos paysages, et notamment dans nos plages.

 

Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach, Sword Beach…

 

Elle est là, notre mémoire. Ces plages que Verlaine, intiment lié à cet événement, n’aurait certainement pas reniées. Peut-être d’ailleurs a-t-il lui aussi, aimé arpenter ces étendues magnifiques.

En ce qui me concerne, je les préfère à marée basse. Elles sont encore plus émouvantes, déparées et nues. Çà et là, quelques vestiges de la guerre apparaissent, au fil des marées. Caissons de port artificiel à Asnelles, épave au large de Utah Beach..  Dans les dunes, d’anciens blockhaus ou une casemate sont là pour nous rappeler l’Histoire.  On peut encore trouver parfois des « mèches » dans le sable, endormies là depuis 76 ans, que l’on encore faire exploser.

Sword Beach Juno Beach, Gold Beach, Omaha Beach, Utah Beach, …

           Oui, définitivement, nos plages sont habitées, hantées, diraient certains. Ce n’est pas forcément triste, non mais il règne, pour peu que la météo s’y prête une atmosphère pleine de solennité, de… gravité. Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach, Sword Beach… A jamais, ces plages seront liées au 6 juin 1944, et ce n’est pas pour rien qu’une candidature pour une inscription des Plages sur la liste du patrimoine mondial (UNESCO) a été déposée en janvier 2018 par le gouvernement français, candidature  actuellement en cours d’instruction.

Il y a quelques années, j’accompagnais des élèves au Mémorial de Caen. A l’époque, dans l’entrée, était projeté un film d’archive sur le DDAY. On voyait ces jeunes GI affronter les vagues, la peur au ventre. Ces images m’ont toujours bouleversée. Un de mes élèves se permit une plaisanterie plus que douteuse face à un vétéran. Devant ma mine contrite, le vieux monsieur médaillé lui proposa de lui raconter SON débarquement. Il était là, dans l’eau. Avec son jeune frère de 17 ans. Ce jeune frère fut une des premières victimes du Débarquement. C’est en se protégeant derrière le cadavre de son cadet, que le vétéran put atteindre la plage… La voix du vieil homme tremblait, et je me souviens avoir pris son bras. Il nous dit ensuite la culpabilité de ne pas avoir su protéger son petit frère, une culpabilité qui ne l’avait jamais quitté.

Il nous raconta cela, des larmes dans les yeux et dans la gorge, le regard perdu dans le film qui se déroulait dans sa tête et sur l’écran.

Je n’oublierai jamais. Il n’est peut-être plus des nôtres mais tous les ans, je pense à lui, et à son jeune frère, qui avait l’âge de mon fils.

La Normandie est pleine de ces expériences de vie. Militaires, civils, premiers témoins, parfois « sacrifiés » de cette période de l’Histoire. Encore une preuve (s’il en fallait) : tous ces messages que je reçois pour la publication de Une lumière dans la nuit, témoignages remplis d’émotion devant une arrière-petite-fille qui rend hommage à son aïeule…

Une histoire de Normande en quelque sorte…

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