Les fleurs du lac et Roger Raynal

Dans ce court roman, Chris Angano réussit à aborder avec tact et délicatesse le thème périlleux de l’excision. L’essentiel du roman se déroule dans un village d’Éthiopie, un pays et une culture que connaît fort bien l’auteur, et cela se ressent dès les premières lignes. Son Héroïne principale, Mebrat, attend son second enfant. Après bien des interrogations, des doutes, et confortée dans sa détermination par un drame vécu par une de ses amies, elle décide que sa fille, contrairement à la tradition régnant dans son village, ne sera pas excisée quelques jours après sa naissance. Nous suivons la lutte de cette femme déterminée, forte, contre le poids de la tradition et d’une certaine culture. D’abord incomprise, mais soutenue par son mari et quelques amies, nous suivons ses efforts pour faire triompher la cause des femmes et des filles de son village. Les conséquences de cette lutte nous emmèneront bien loin des belles rives du lac éthiopien où débute l’histoire, car la vie de sa cadette, première à être épargnée, en sera changée à tout jamais. Chris Angano nous raconte avec simplicité et sincérité une histoire difficile dans un cadre dépeint comme enchanteur, sans dissimuler les problèmes liés aux particularismes culturels, mais sans diabolisation non plus : le poids des traditions et le rôle des hommes dans le maintien de celles-ci sont en particulier très bien soulignés. Sans jamais verser dans le pathos moralisateur, le roman colle au plus près à la culture des personnages et souligne l’intégration de leur lutte dans celle-ci. On pourra toutefois regretter quelques ellipses dans le récit, dont on aurait aimé qu’il puisse se développer et s’attarder sur l’histoire de Mebrat, puis celle de sa fille ; mais se féliciter aussi des brillantes descriptions qui montrent combien l’auteur est conquise par le pays qu’elle sait si bien mettre en valeur par son écriture. Précise et concise, empreinte de véracité et de sincérité, cette dernière est d’une grande qualité tout en restant vive et accessible. Signalons enfin la parfaite adéquation entre le roman et sa photo de couverture, représentant une œuvre de Philippe Morel qui correspond parfaitement à l’atmosphère de ce joli récit.

Roger Raynal, auteur

Merci Roger pour cette chronique. Elle me touche. Certainement.

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