L’Homme-Oiseau

Petit texte proposé pour la manifestation « L’Art en chemin ». Il sera exposé à Balagny-sur-Aunette.  Le thème était « l’équilibre ». C’est Rafaël, un de mes élèves, qui m’a soufflé l’idée. Je l’en remercie 🙂

Merci aussi à Alain Bron, qui a pensé à moi pour cette manifestation.

 

 

Cette nuit-là, Raphaël s’était inquiété de voir la lune, énorme et lumineuse, briller au-dessus du marronnier de son jardin. « La grosse boule » ne risquait-elle pas de tomber ? Mais son père l’avait rassuré dans un sourire. Il n’y avait pas de danger, c’était là « la magie de l’équilibre ». Le petit garçon avait tout juste cinq ans et cette soirée décida de sa vie.

La magie de l’équilibre…

À l’adolescence, il se passionna pour le funambulisme.Il choisit de vouer sa vie à la recherche de cet Équilibre, de cette Harmonie. Il n’était à l’aise que sur son fil et tout naturellement intégra un cirque, mais, très vite, s’y sentit à l’étroit. Raphaël prit alors l’habitude d’exercer sa passion sur toutes les hauteurs qui pouvaient l’accueillir. Clochers, immeubles, gratte-ciel, rien ne lui faisait peur.

Pourtant, rien ne lui plaisait davantage que d’être en communion avec la nature. Trouver l’endroit idéal devint sa quête, son Graal.

À trente ans, Raphaël était un homme superbe. Le teint hâlé par le soleil et le grand air, Mince, des muscles dessinés avec grâce, son corps semblait voué au mouvement et à la légèreté. L’homme-oiseau était un solitaire. À ses parents qui lui disaient leur désir de le voir fonder une famille, il répondait ne pas vouloir s’alourdir. La vérité c’est qu’il se méfiait de l’Amour, lequel, à ses yeux, ne manquait pas de conduire au Chaos. Dans sa quête, point de place pour deux.

L’Homme-oiseau avait pris l’habitude de parcourir le monde, toujours en quête du lieu idéal. Depuis toutes ces années, il avait connu des paysages magnifiques, mais n’avait pas encore éprouvé l’émotion majuscule. Or, il y avait urgence. Raphaël se savait malade : bientôt, il ne pourrait plus s’adonner à sa passion.

C’est en Afrique qu’il « rencontra » l’endroit. C’était l’aube, l’heure à laquelle les animaux connaissent la paix, réunis au bord du grand lac, pour se désaltérer avant que la brûlure du soleil ne les atteigne. Point de prédateur, point de proie, mais une véritable communion, si rare dans le monde des hommes. Au loin, des flamants roses offraient un ballet bouleversant de beauté à la terre africaine. Au-dessus du lac, un sourire d’argent jouait avec son reflet. La lune est si belle en Afrique.

Raphaël avait repéré un canyon surplombant le rivage. Il formait une jolie crique. De là, on distinguait le paysage et les bêtes. Quelques-unes s’étaient donné rendez-vous, les flamants roses aussi. L’Oiseau-Homme décida de tendre son filin. Quand il se retrouva au-dessus du lac et des animaux, il eut le sentiment d’avoir enfin trouvé le Graal : l’équilibre parfait.

C’est alors qu’il choisit, dans un ultime plongeon, de rejoindre les oiseaux, ses amis et la complice de son enfance, la lune blanche.

 

Christelle Angano

 

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