La princesse baroque

J’ai connu un royaume dans lequel tout le monde se ressemblait. C’était tout de même un peu triste. On riait des mêmes choses, on pleurait des mêmes choses. Les gens ne se parlaient plus vraiment puisqu’ils pensaient tous de la même façon. Même les relations n’étaient plus vraiment sincères, mais on ne s’en rendait pas compte.

Moi, ta maman, je faisais partie de ce royaume-là. J’étais comme les autres mais bien sûr, je ne le savais pas.

Et puis, tu es arrivée.

Et Toi tu ne leur ressemblais pas.

Tu étais Toi.

Dans un pays lointain plein de soleil, on ramassait des perles dans les coquillages. De ces perles, on fabriquait des bijoux pour les belles dames. Ces perles étaient toutes les mêmes : bien rondes et bien lisses. Elles faisaient de beaux colliers. Des beaux colliers de perles rondes et lisses. Sur de beaux cous ronds et lisses.

Les perles se ressemblaient. Les cous se ressemblaient. Les femmes se ressemblaient.

Quelquefois pourtant, on trouvait des perles qui refusaient d’être rondes, qui refusaient d’être lisses. Alors, un peu bêtement, les joaillers se débarrassaient de ces perles qu’ils jugeaient imparfaites. Ils les appelaient les barocco, les perles irrégulières.

Les pauvres, ils n’avaient pas compris qu’elles constituaient un véritable trésor, justement parce qu’elles étaient uniques. Qu’importe la régularité de la perle si elle doit ressembler aux autres.

Tu es ma princesse baroque. Oui, Mélina, tu es ce qui fait ta richesse.

Tu es le Mouvement, l’Instabilité peut-être, la Liberté sûrement….

Tu es un Concerto de Bach, la 40°Symphonie de Mozart, molto allegro, Le Printemps de Vivaldi. Un sonnet baroque… Une sculpture de Bernini.

Et je t’aime.

Vermeer aurait certainement vu en toi sa jeune fille à la perle ; même teint diaphane, même regard d’azur.

Et je suis riche de Toi. Je le sais aujourd’hui, même si j’ai mis du temps à le comprendre. Petit à petit, chaque jour, je découvre la femme que tu deviens et tu as transformé celle que je suis. Je t’ai prise par la main. Tu m’as entraînée dans ton sillage. De mon côté, j’essaye de t’aider à grandir ; tu partages avec moi, avec nous, ton insouciance et tes rires. L’échange est permanent

. Peut-être même nous aides-tu à ne pas vieillir trop vite ? Va savoir…

La Princesse baroque, in De Vous à Moi (Éd La Rémanence)

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