Quelque part dans la nuit…

 

Ce texte, publié dans Itinerrances, il y a longtemps. Une femme venait d’être condamnée. Son crime ? Aimer une femme. Je ne sais plus dans quel pays cela s’était. Ils sont nombreux les pays où l’on tente de briser celles et ceux qui simplement demandent à s’aimer.

Mais j’avais écrit ce texte pour Elles.

Et par extension, pour toutes celles et ceux pour qui aimer est encore un combat.

 

Mon amour,

 

Je n’en peux plus. J’étouffe.

Ces grilles, ces  portes …

Je voudrais te raconter la violence de ces lieux, de ces lumières blafardes qui nous crucifient à nos pauvres paillasses.

Cette nuit, j’ai entendu mourir un être humain.

Sans bruit, si ce n’est celui sourd  de sa nuque cédant sous  la pression de son drap.

Il a préféré cette issue, ne croyant plus aux hommes.

Devrai-je en arriver là ?

Merci d’exister, de me donner envie …

Encore …

Je t’aime.

Hier, ils ont trouvé le livre que tu m’avais offert.

Ils me l’ont retiré.

Ils ricanaient que, là où je serai bientôt, on ne lisait pas.

Un nouveau garde est arrivé, le pire de tous, je crois.

Il a saisi la photo, l’unique photo que j’ai de toi.

Il a souri, passant sa langue sur ses lèvres …

A cet instant précis, je crois que j’aurais pu tuer.

Ô mon amour, que vais-je devenir dans cet endroit ?

Comment me protéger contre leur sauvagerie ?

Leur barbarie.

J’ai peur, tellement peur.

Je rêve de tes bras.

De  m’y réfugier.

Je voudrais te voir, sentir ton parfum, la chaleur de ta peau.

Ton humanité.

Ne m’abandonne pas.

 

Mon amour,

 

 N’aie pas peur, je ne partirai pas.

Tu es celle que j’aime.

Je t’ai choisie, tu m’as choisie.

Tout est là.

Notre histoire sera aussi notre combat. 

Je suis là, ne tremble pas.

Et si tu as peur, et si tu es faible, je me battrais aussi pour toi.

J’ai de l’énergie pour deux, ne t’inquiète pas.

A minuit, ouvre ta fenêtre, alors tu m’entendras.

Je t’aime.

 

Ma chérie,

 

Cette nuit, j’ai subi leur assaut.

Ô mon dieu, si tu savais …

Si tu savais ce qu’ils m’ont fait.

J’étais à ma fenêtre, j’écoutais l’Ave Maria que tu chantais pour moi.

Ils sont entrés, ils étaient trois …

Ô mon Dieu, si tu savais ce qu’ils ont fait de moi.

 

Je viens, j’arrive.

Je me fous que l’on me prenne.

Je veux être près de toi.

Je t’en prie, ne pleure pas.

 Tu vas voir, le soleil reviendra.

Je te prends dans mes bras.

 Cette chanson que tu aimes tant, je la chante pour toi.

Il faut que tu tiennes, et pour toi, et pour moi  …

Parce qu’il faut que l’on soit les plus fortes.

Parce que je ne serais rien sans toi.

 

Ils m’ont brisée.

Je voudrais rentrer à l’intérieur de moi.

Laver l’offense.

Il faut que tu me pardonnes.

Voudras – tu toujours de moi ?

Ils m’ont perdue.

Hier, ils m’ont dit que j’allais mourir, si je ne renonçais pas.

Ils me parlent de ces endroits où je pourrais servir d’appât.

J’ai le choix.

Je t’en prie, ne viens pas.

Il ne faut pas.

Ils ne savent pas qui tu es … et ne le sauront pas.

Je veux vivre à travers toi.

Je serai la goutte d’eau qui glisse sur ton corps.

Ne viens pas …

J’ai fait mon choix.

Demain matin, je penserai à tes yeux à ton corps.

Et pour moi, tu chanteras

L’Ave Maria.

Ne m’oublie pas.

Je t’aime.

 

Itinerrances

 

 

 

 

 

 

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *