À la rencontre de Sylvie Kaptur Gintz

Murmure du silence

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Toujours dans ce mouvement de sa propre histoire à l’histoire du monde, Sylvie Kaptur-Gintz approfondit sans cesse sa réflexion sur le sens de l’histoire, se demandant ce que peut signifier, pour elle, d’être née de ce moment de l’histoire, et de quelle vigilance il ne faut jamais se défaire, s’il est encore vrai que, pour reprendre à nouveau les mots célèbres de Brecht, « Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut / Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt : / Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. »(3)
De cette conscience, sans doute, est issue « Le murmure du silence », une installation de sept taleths suspendus, comme habités.

Cette œuvre, bien que porteuse d’une aura métaphysique, se veut plus politique que religieuse. Le premier des taleths est brodé d’une carte du monde, comme un manifeste, « pour que plus personne dans le monde ne soit persécuté au nom de quoique ce soit », affirme l’artiste. Les autres taleths, dont le tissu a été usé, sont rapiécés, reprisés, comme autant de traces d’une vie. Car le taleth, pour celui qui le porte, est un compagnon quotidien, qui enveloppe son corps pour la prière, la bénédiction et la mort, puisque, comme le turban chez les chiites, il sera le un linceul dans lequel il sera enseveli. Mais si Sylvie Kaptur-Gintz a choisi de transformer le taleth en objet plastique, c’est qu’il n’est ni un voile, ni un vêtement ordinaire et répond de manière extrêmement subtil au souci de mémoire, au sens intime et éthique, qui draine en profondeur toute son œuvre. Car, au-delà de sa fonction apotropaïque, ce châle de prière n’est pas tant un signe de foi, qu’un substrat de méditation et surtout de mémoire, comme le suggère Jacques Derrida dans « Un ver à soie – Points de vue piqués sur l’autre voile »(4). Plus encore, « il y a une logique du talith : celle qui, à partir du singulier, de l’unique fois (la naissance, la circoncision ou la mort), produit un récit unique qui vient en plus et ne se répète pas. Cette logique est celle de l’œuvre et aussi du texte »(5)
Puis, le talith est, dans sa complexité symbolique, ce qui rappelle chacun à la loi, dans sa matérialité, comme objet tangible, que l’on peut toucher, caresser, à qui on peut parler, comme le dit encore Derrida. Sorte de brèche vers l’inconnu, l’ « imprononçable », il ne dévoile pas de vérité mais ouvre à la pensée.

Extrait texte Marie Deparis Yafil juin 2014

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