Sois sage ô ma douleur…

Il y a quelque temps déjà, j’ai offert à Marilé d’être mon « invitée permanente » sur ce site. Elle a tant de choses à nous dire, et elle les dit tellement bien.

En effet, elle ne se résume pas à un combat contre la maladie, non… Elle est un cri d’amour à la vie, à l’amour, à l’amitié, aux rires et à la joie. Oui. Elle est tout ça.

Quand je pense à elle, me revient à l’esprit cette phrase de Sagan :

« Ce n’est pas parce que la vie n’est pas élégante qu’il faut se conduire comme elle ».

Marilé est élégante. Et j’aime ça. Point d’épanchement, mais juste dire.

Continue d’écrire. Pour Toi, Contre elle, et aussi pour nous. Ta plume fait du bien.

Je t’embrasse.

***

                                            Lundi.  8h30 Réveil.

Tellement mal…. mais moins qu’hier. Je crois. Je suis nimbée de douleur, ma conscience rationnelle est racornie dans mon esprit, animal battu, tapi, caché pour éviter les coups. Tout bruissement, tout son, m’agressent, me frappent à terre, je me rêve anesthésiée par un sommeil sourd et aveugle… mais rester allongée n’est plus supportable, le contact même du matelas, mon corps qui s’écrase sous son propre poids, doivent être fuis. Je m’assieds, lentement je me mets debout. La mort ne me fait plus du tout peur. J’essaie de quantifier, je visualise le médecin de la douleur, je réfléchis… allez, je dois être à 5/10 ? Cette échelle est bien complexe à utiliser, propre à chacun ; je m’efforce de garder à l’esprit qu’à 10 je demanderais qu’on m’achève, cela permet de trouver les choses supportables, de garder encore une illusion de maîtrise. Lorsque le médecin de la douleur m’a proposé la morphine j’étais à 6, douleurs de contractions mais permanentes, sans répit.
Je grimpe l’escalier. Les filles dorment encore. Je n’aurai pas à enfiler de masque, à devoir communiquer sans mordre ou réclamer un calme qu’au fond seule la solitude peut m’offrir… Je prends un café, un biscuit, je me cale dans le canapé, le coussin ergonomique se moule contre mon dos, j’avale la case du lundi matin de mon pilulier. Je patiente… chaque seconde est lourde, aussi pesante qu’une marche à monter durant une migraine. Tic. Tac. Ne pas bouger.
9.15, le produit diffuse dans le sang, passe la barrière hémato-encéphalique… Une lucarne s’ouvre, les nuages se déchirent, un rai de lumière vient caresser la bête recroquevillée dans mon crâne ; craintive, elle lève la tête, se peut-il que le soleil existe encore ? Le carcan autour de mon dos se desserre, la brûlure sur mes jambes diminue ; progressivement, ma respiration redevient libre, ample. Il m’est donné une journée de calme, que cela est doux ! Je suis si pleinement soulagée que je pourrais m’endormir dans la seconde si je reposais ma tête. Comme elle est injuste la douleur, imméritée, absolue, totale, comme elle éclipse tout ! Un refuge, pour aujourd’hui. Un jour à la fois. Ne pas me poser de questions, ne pas me demander pourquoi j’avance. C’est une journée de répit.

2 réponses
  1. Marie-Laetitia
    Marie-Laetitia dit :

    je t’embrasse aussi, et te serre fort. Merci de me prêter tes pages.
    Je continue d’écrire, oui, comme toujours : ça sort le venin, ça objective les choses subies et les met à distance, juste là où je peux les regarder presque scientifiquement sans loucher (là c’est la nouvellement presbyte qui parle ^^) et me les approprier non avec mon corps sensible mais avec mon cerveau rationnel. Et donc ça m’aide à maîtriser tout ce qui immanquablement m’échappe. A très bientôt en vrai hein ?

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    • angano
      angano dit :

      En vrai, oui, j’espère bientôt 🙂 Ici ou ailleurs.

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