Souvenirs de ma Syrie

Je voudrais vous présenter ce texte très émouvant. Son auteur est un jeune garçon. Je vous en ai déjà parlé ; il s’agit d’Oussama Jaber, auteur de la très belle plaidoirie « Nous parlons des droits de l’homme et je pense à la Syrie » en 2012 au Mémorial de Caen. Oussamah a crée une page FB « Souvenirs de ma Syrie ». Bravo Oussamah. Tu es le bienvenu sur ce site.

Depuis maintenant deux ans peut-être, depuis le début du siège des quartiers centraux de Homs et les bombardements massifs qu’ils ont subi, j’ai du mal à me remémorer certains souvenirs. C’est comme si les images de destruction avaient envahi mon esprit pour me priver de ce que j’avais de plus cher… Maintenant, mes souvenirs heureux à Homs sont habités d’immeubles aux façades écroulés, d’arbres arrachés, de jouets cassés et de mort. Mais je voudrais essayer de dépasser cela. D’aller chercher au fond de mes pensées meurtries cette Homs, certes détruite par la barbarie innommable, mais qui survit en moi, qui existe encore et continuera d’exister en ma pensée. Cette Homs dans laquelle mon esprit meurtri se réfugie quand il n’en peut plus d’encaisser les nouvelles plus horribles les unes que les autres. Les proches qui sont partis et les amis disparus…. Cette Homs dans les bras de laquelle je vais me blottir, et pleurer quand les muscles de mon visage sont trop exténués pour composer ce masque de joie que je présente à la face du monde… Je me réfugie alors dans mon petit jardin de notre appartement au rez de chaussée d’un immeuble du Wa3r, et je vole sur la balançoire métallique verte. Moi et ma cousine, on se donne à fond, on met toute l’énergie de nos muscles d’enfants pour dépasser à chaque balancement la hauteur du mur d’enceinte.

On y arrive… et on se met à jouer… On crie « TAXI » avec toute la force de nos poumons, et de temps en temps, on voit qu’un taxi a ralenti ou s’est arrêté. Et on rit, heureux de notre petit tour, mi-rebelles, mi-délinquants…
Mais l’effort à dépenser pour éloigner la douleur est trop grand. Mon beau souvenir s’estompe et laisse place aux descriptions des obus tombés sur mon jardin. A la description du missile sol-sol tombé sur l’immeuble à l’arrière, anéanti en l’espace d’un instant, avec mes voisins, et leurs souvenirs, et leurs vies. Puis je pense à l’obus qui a éventré la chambre dans laquelle ma tante qui avait fui les combats avait mis nos affaires à nous. Je revoie l’armoire pleine de nos jouets. Je revoie le carton dans lequel était entreposé les photos de jeunesse de mes parents… Des centaines de photos, pleines d’anecdotes, de joie, parfois de tristesse. Je revois la valise dans laquelle mes parents ont déposé les lettres qu’ils se sont échangés en cinq ans de fiançailles. Je revois le sac plastique où avaient été déposés les cravates de mon grand-père. Et je vois l’obus tomber, et tout cela partir en fumée, réduisant en cendres ma petite maison, mon cher quartier et de mon tout petit pays, ma toute petite et si chérie Syrie.

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