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Oh le beau badge !

 

D’abord on a eu les fraises.

D’abord… Je n’avais pas aimé ; moi qui adore les fraises. Avec un soupçon de vinaigre balsamique et du basilic. je ne reviendrai pas sur cet épisode ; j’avais d’ailleurs écrit un article à ce moment, plus de 1000 fois partagé.

Et puis, il y a eu les « profs décrocheurs ». La formule m’avait laissée perplexe. peut-être parce que c’est un vocabulaire que l’on utilise plutôt pour parler de certains élèves. Bref, je prends un coup de jeune ! même si je ne l’étais pas… décrocheuse ! Oui, un peu infantilisant, m’étais-je dit à l’époque. Fallait-il voir là une « maladresse » ou était-ce u procédé pour participer à ce que l’on a appelé le « prof bashing » ? Seuls le savent ceux qui ont utilisé ce terme.

 

Maintenant, il y a les « médailles ».

Les médailles… Elles me renvoient tout de suite à l’époque des images  (voire aux bonnets d’âne)  que l’on pouvait se voir décerner à l’école. Images, puis tableaux d’honneur…

Elles me renvoient également à mon manuel des castors Juniors (vous l’avez eu vous ?), ou à mes cours de ski (j’avais eu le flocon, jamais été foutue de décrocher une seule étoile !).

Alors, je m’imagine avec mes collègues jouer dans la cour. Chacun avec son badge, jouant une improbable partie de pokémons. Ou tentant d’échanger un rose contre un bleu,

  • j’ai l’explorateur ! T’as trop d’la chance ! Toi t’as le bâtisseur ! Tu me le prêtes dis !
  • ça dépend ! Tu me l’échanges contre quoi ?
  • euh ! ma clé usb ? Un paquet de copies corrigées ? Allez, sois cool !
  • Non ! J’te dis ! T’avais qu’à pas décrocher !

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Coup de gueule de prof

Alors il paraît que les profs sèchent leurs cours ? Qu’ils se croient en vacances ? Qu’ils profitent de la situation…

Bien sûr…

J’entends Didier Giraud   « La plupart des profs n’ont pas travaillé ».  « Finies les vacances au boulot » « Les premiers qui ne veulent pas revenir à l’école, c’est les profs »…

C’est insupportable. C’est insultant. C’est… méprisable.

Des fraises de Sibeth aux insultes de D Giraud… Combien de temps va t-il falloir encore supporter tout cela ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas repris en présentiel. Parce que je ne PEUX pas, et non pas parce que je n’en ai pas envie.  Parce que voyez-vous, monsieur, je ne suis pas que prof. Je suis aussi et avant tout, oui avant tout, une femme, avec une famille. Ainsi, cela va peut-être vous surprendre, mais je ne fais ce que je veux, mais bel et bien ce que je peux.

Alors je fais mon boulot, le mieux possible. J’y mets tout mon cœur et le savoir-faire que j’ai acquis ces dernières semaines, à force de me former pour mieux m’adapter à cette situation inédite. Et nous sommes une très très grande majorité à avoir fait notre travail sérieusement, consciencieusement.

Bref, tout ce discours est tellement réchauffé, et surtout démagogique. Flatter en crachant sur les profs… Détourner la colère en proposant une cible, toute trouvée : les profs.

Dans une de ses chansons, le regretté Greame Allwright chantait  » je crois que je peux prédire, même n’étant pas prophète, qu’un jour ou l’autre, ça va vous tomber sur la tête… »  (tu joues joues joues)

Oui, je crois qu’un jour, notre société s’en mordra les doigts… D’ailleurs la preuve, de moins de moins de jeunes passent le concours… Sur qui taperez-vous quand vous n’aurez plus d’enseignants ?

Voilà. Ah oui, au fait, je tiens à préciser que ce ne sont pas les profs qui ont créé le Covid pour se barrer en vacances plus tôt.

 

A propos du 11 mai…

S’il-vous-plaît, arrêtez de me rappeler que pendant le confinement; des enfants sont maltraités et que certains (les mêmes souvent) ne mangent pas à leur faim et que donc… Bref, et je crois pouvoir parler au nom de tous mes collègues, d’ici et d’ailleurs, nous en avons parfaitement conscience, et cela nous importe et nous inquiète, soyez en sûrs. Pour autant, je revendique aussi le droit à l’inquiétude devant un déconfinement qui me semble rapide et difficile à organiser. Sans parler des profs qui soit sont potentiellement fragiles, soit qui ont chez eux, des personnes à « protéger ». C’est mon cas. Point de morale, cela devient gonflant. Merci…

What do you want to do ?

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A propos de fraises… (lettre ouverte)

Madame,

Ce n’est pas la première que j’entends, que je lis des propos pour le moins déplacés, au sujet des enseignants. D’habitude, cela « glisse ». Et puis là, allez savoir pourquoi, cela ne passe pas.

Je ne digère pas.

Il faut dire que les fraises sont réputées pour être difficiles à digérer. Je dirais même plus, leur pouvoir allergène est également bien connu. Urticaire, eczéma… cela doit être ça.

Pourquoi donc cette réaction quasi épidermique ?

Peut-être parce depuis deux semaines, je m’évertue (et je ne suis pas la seule) à garder un contact avec mes élèves. A diversifier mon enseignement pour les « retenir ». Une journée de prof confinée… Lisez plutôt.

Weekend avant J1 : je passe des heures à me former à la visioconférence. Création de compte, formation, formation de collègues, une fois que j’ai compris. Cours à retravailler, corrigés à adapter. Recensement des élèves non connectés. Appels aux familles concernées. On rassure quelques parents paniqués, quelques élèves égarés aussi. On s’adapte aux élèves en difficulté… Parce que, il faut bien le dire, il y a ceux qui restent de côté. Ceux qui ne sont pas connectés, ceux dont les parents « télétravaillent », ceux qui n’ont pas d’ordinateur…

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Sérieusement…

 

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La Mise en examen tant attendue

Sanofi,

Enfin, la mise en examen tant attendue !

Je pense aujourd’hui à mon petit Juluan, ma petite « victime collatérale », selon la formule consacrée… Votre formule.

Vingt-huit ans déjà… Vingt-huit ans seulement… Et toujours la même envie de hurler. Quel jeune homme aurait été mon fils ? La question n’en finit pas de me hanter. Vingt-huit ans… Et vous saviez…

Sanofi mis en examen…

Je pense aujourd’hui à ma fille Mélina. A notre combat de chaque jour. Vingt-cinq ans déjà… L’hôpital, la kiné, les souffrances, l’attente de la prise en charge tant espérée, les affronts, les déceptions, et enfin, cette place tant attendue… en ESAT.

Sanofi mis en examen…

Je pense aujourd’hui à Léo. Les visites chez l’orthodontiste, douloureuses, régulières… depuis huit ans. Je pense à son angoisse face à l’avenir, à sa colère aussi.

Sanofi mis en examen…

Je pense à Erwan, le frère aîné. Le seul épargné…  Son chagrin face à ce frère disparu, ses angoisses face à sa sœur éprouvée, ses inquiétudes, face au « petit dernier ».

Alors, oui Sanofi… Cette mise en examen me comble d’aise. Pour un peu de justice, pour enfin la Vérité. Que le statut de victimes soit accordé à nos enfants… ceux-là même qui ont été « empoisonnés ».

Enfin, je veux remercier l’APESAC et Marine Martin, pour son travail. Elle a remué ciel et terre pour que tout ceci puisse arriver. Merci à Me Oudin et à ses confrères.

N’oublions pas que la dépakine (et dérivés), ce sont quelque 7030 victimes, 1496 avortements et 156 décès.

Christelle

 

 

 

Le meilleur ami de la femme

J’ai écrit ce texte il y a quelques jours. je le partage avec vous aujourd’hui.

Je le dédie aux femmes victimes, à celles qui n’osent pas crier, à celles que l’on n’entend pas, à celles qui résistent, enfin, à celles que l’on ne voit pas ou que l’on voit… trop tard.

Aujourd’hui, c’est la fête rue George-Sand. Celle que l’on appelle encore « la petite Marie » s’apprête à souffler ses vingt bougies et toute la famille s’est réunie pour l’occasion. Ils sont tous là, les parents, les cousins, les amis. La fête bat son plein. Il faut dire que Marie est un peu le « rayon de soleil de la famille », comme l’appelle son oncle Marc. Un rayon de soleil… c’est ce qu’il s’était écrié sur le berceau de la petite. Depuis, ce surnom ne l’avait plus quittée. Et puis, Marie est la seule fille de la famille Collet. Elle a grandi au milieu de ses frères et de ses cousins, petite princesse au milieu de sa cour. Autour de la table, tout le monde devise gaiement, y va de son anecdote. Première dent, premiers pas, l’entrée à l’école, premières amours aussi… Sylvie, la maman, regarde tendrement sa fille. Peut-être pense-t-elle à tout ce temps passé ; ses vingt ans à elle lui semblent si loin, et pourtant, tellement proches. Paul, le père, bombe le torse en évoquant les résultats scolaires de sa fille.

Soudain, on demande le silence.

Carole s’est levée. Elle fait tinter sa flute de champagne avec sa cuiller. Tous les regards se tournent vers elle. Tout en rondeurs et en gentillesse, Carole est la femme de Marc et la marraine de Marie. On l’aime pour sa joie de vivre, son rire du genre « feu d’artifice » à l’image de son maquillage, toujours outrancier. On ne peut pas ne pas entendre, ne pas voir Carole. La quinquagénaire voue un véritable culte à sa filleule, elle qui n’a pas eu d’enfant avec Marc.

– Ma chère Marie, ma petite chérie. Je me suis longtemps demandé quel cadeau je pourrais t’offrir pour tes vingt ans. Vingt ans… C’est l’âge où j’ai rencontré ton oncle. Enfin… Bref, tu n’es plus une petite fille. Et c’est à moi, ta marraine, qu’il revient de te guider. J’ai trouvé. Je te présente celle qui, à partir d’aujourd’hui, va devenir ta meilleure amie.

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Petite lettre aux mamans d' »enfants-dépakine » (et autres…)

…dont je fais partie.

Parmi tous les témoignages de parents que je lis, il en est un récurrent. Il concerne le sentiment de culpabilité qu’éprouvent les mères. Un  sentiment qui s’insinue dans leurs pensées, les envahit et finit par les ronger complètement.

« C’est de ma faute » ; « J’ai empoisonné mon enfant » ; « Je n’ai pas su protéger mon enfant »…

Bien sûr, j’ai réfléchi à tout cela.

Quand je pense à mes enfants, beaucoup d’émotions m’envahissent :

De la fierté, face au parcours de Mélina, jeune adulte, travailleuse en ESAT, forte, courageuse, certainement épanouie. Beaucoup d’amour mon mon fiston, qui a du supporter un appareil dentaire pendant de nombreuses années…

Un chagrin immense, incommensurable, vertigineux, … quand je pense à Juluan, mon enfant de la lune, comme je l’appelle.

J’éprouve une angoisse grandissante si je pense aux effets tératogènes du médicaments. Oui, les enfants de nos enfants sont potentiellement en danger, eux aussi…

Pour autant…

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