Quand les plus jeunes s’amusent à prendre la plume

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Parce qu’Antigone méritait un procès

Il y a, dans le métier de prof, des moments à part ; de vrais instants privilégiés. J’ai eu la chance d’en vivre un dernièrement, avec ma classe de 3°. Générosité et partage étaient au rendez-vous. Réflexion aussi.

Trois équipes pour présenter le procès d’Antigone … J’ai laissé mes élèves se débrouiller tout seuls. Et j’ai eu raison de leur faire confiance. Plaidoirie, réquisitoire… Un élève qui me fait remarquer que « ce n’est pas facile de demander la mort »…

Nous avions invité Henri Girard (déjà rencontré l’année passée lors du concours de nouvelles, à la Baronnie, des « retrouvailles » en quelque sorte). Mais là, c’était différent… Une autre dimension, une émotion palpable. Et une fierté immense. Je les ai vus fiers d’eux-mêmes. Un peu surpris d’avoir « sorti » ça. Et ça, c’est extraordinaire.  Ma fierté aussi de les avoir vus « grandir », j’en suis certains depuis trois ans.

Merci donc et BRAVO à :

Maya, Sacha, Zaccharie, Romain, Robin, Théo, Théo, Alyssia, Anouk, Pol, Laly, Clara, Lucien, Phanélia, Tom, Benjamin, Liah, Ianis,Nicolas, Ines, Oscar, Ewen et Kaan.

 


Les oreilles de Zaccharie

Quel bonheur à lire ! On s’y croirait ! Merci Zaccharie !

Blessant : Si j’avais des oreilles décollées,

Il faudrait sur le champ que je les collasse !

Chaleureux : Puis-je visiter votre palace ?

Moqueur : On pourrait vous confondre avec Mickey !

Connaissez-vous ce personnage de Walt Disney ?

Météo : Vous avez de quoi être content

Avec ces parapluies en cas de mauvais temps !

Gracieux : Aimez-vous à ce point les éléphants

Que vous parvenez à leur ressembler autant…

Physique : Du lobe au pavillon, jusques aux tympans

Tous ces sons doivent être si assourdissants !

Gastronomie : Dans ces gigantesques assiettes,

Dégustons-nous la soupe , Monsieur, ou la raclette ?

Clown : Prévoyez-vous de vous lancer dans le cirque ?

Indéniablement, vous ravirez votre public !

En été : Le soleil doit vous apprécier

Avec de si grandes surfaces à éclairer !

Architecte : Vertigineux : Ces deux bâtiments !

Aviation : Décollage imminent !

 

 

 

Victoria vous dit NON MERCI

Chercher une belle entreprise, trouver son excellence

S’en faire un ami, le couvrir d’éloges

Lui dire combien il est important,

Le flatter

Sans discontinuer.

Grâce à Lui être propulsé au premier rang sans effort à fournir ?

Non merci !

Mendier, comme tous ils le font,

Des crédits aux banquiers ? Devenir hypocrite,

Dans l’espoir infâme de voir aux lèvres d’un homme influent,

Naître une approbation enfin qui ne soit pas tronquée ?

Non merci !

Compter chaque sous, vivre dans la crainte, être pâle,

Aimer mieux acheter que donner de son temps,

Rédiger des lettres à des hommes influents, se faire présenter ?

Non merci ! Non merci ! Non merci !

Mais… Voler…

Vivre, être autonome, sans attache

Être libre !

Avoir sa fierté, la voix assurée.

Mener ma vie comme il me plaît, me lever tard, me coucher tôt

Pour un oui, pour un non, chercher querelle

Ou utiliser la plume !

Victoria

Alban vous dit : NON MERCI

Et que faudrait-il faire ?

Devenir le chevalier servant d’un puissant seigneur

Et comme le gui s’accroche aux branches de l’arbre

Et s’en nourrit en suçant sa sève

Grandir silencieusement plutôt que de se hisser comme le chêne ?

Non merci !

Flatter comme tous ces amuseurs

Les gens de pouvoir, les caresser, les cajoler

Pour recevoir d’eux juste quelques risettes

Ou quelques compliments ?

Non merci !

S’enchaîner, redouter les revers

Préférer les courbettes à la chansonnette,

Écrire des compliments pour être au premier rang ?

Non merci ! Non merci ! Non merci !

Mais… Siffler

Penser, m’esclaffer, m’évader, m’isoler, faire ce qui me plaît !

Rester vigilant et toujours m’exprimer à haute voix !

Enfiler si j’ai envie, mon manteau à l’envers

Provoquer un duel pour de petites raisons.

Je ne suis pas un roc ! Je ne suis pas une montagne !

Mais je tiens à m’élever par moi-même,

Au-dessus de la masse !

Alban

Où on va, Papa ?

J’avais demandé à mes élèves quel était l’extrait qu’ils avaient préféré et pourquoi… 

Voici la réponse d’Oscar. Il m’a autorisée à la publier. J’essaye de convaincre Oscar de continuer à écrire…

« Si mon oncle avait été comme les autres, il aurait eu une femme belle, gentille et agréable.

Des fils drôles, cool, avec lesquels je me serais bien entendu.

Mes grands-parents auraient été heureux et fiers en voyant leurs deux beaux garçons.

On aurait fait du sport ensemble, sur la plage, l’été.

Et tout le monde aurait été heureux.

Mais il aurait pu avoir une femme qui le trompe chaque semaine avec un homme différent.

Il aurait pu avoir des filles ennuyantes et ennuyeuses.

Il se serait fâché avec son frère, mon père, pour une histoire débile.

On ne se serait vus qu’une fois par an et on ne se serait parlé que très peu.

 

Peut-être même que je serais devenu comme d’autres débiles, à me moquer des personnes en situation de handicap…

NON MERCI !

J’avais demandé à mes Cyrano en herbe une tirade qui répondrait à la phrase « Tu devrais être raisonnable ». Voici la réponse d’Oscar :

Un grand homme moi, raisonnable ?!

Ne plus avoir ce sentiment de liberté,

Qui de pierre deviendrait grain de sable ?

Ou bien devenir oiseau aux ailes cassées ?

Non merci !

Ne plus utiliser l’humour,

Être sérieux et droit ?

Non merci !

Je préfère faire la cour,

Ou enfreindre la loi !

Cesser de braver l’interdit ?

C’est-à-dire arrêter de s’amuser.

Monsieur, je vous dis : Non merci !

Car je ne veux guère vous ressembler.

Perdre mon adrénaline quotidienne,

En échange d’une douceur aérienne ?

Non merci ! Non merci ! Non merci !

Mais rire, jurer ou prendre des risques,

Sont mes droits, que personne ne confisque !

Encore des oreilles…

Ah non…. Tenez…

Curieux : « Vous servent-elles de boucliers

Quand vous partez jouer les guerriers ? »

Avaricieux : « Quel coffre-fort imparable pour ma fortune !

Toute la place pour mes pièces ! Pour vous, aucune !

Pratique : Plus besoin de paniers,

Pour transporter vos courses !

Peut-on les refermer

Comme on ferme les bourses ? »

Comique :  » Votre épée doit être collée à son fourreau

Si celle-ci vous sert de coton-tige ! »

Prévenant : « Faites attention au vertige

Le vent frais pourrait vous emporter bien haut ! »

Effrayant : « Les araignées, la nuit couchant dans vos oreilles,

elles y font leurs nids, et cela vous réveille !

Ou enfin, en prévenant la foule : Ne riez pas !Il pourrait vous entendre,

Et d’un coup de son épée, il pourrait vous pourfendre ! »

 

Oscar B

 

Les oreilles de Cyrano, suite

Ah non…. Tenez :

Agressif : « Moi, Monsieur, si j’avais de telles oreilles

Il faudrait impérativement que je me les collasse ! »

Descriptif :  » Ce sont de vraies ombrelles ! Ce sont des parasols !

Que dis-je des parasols ? Ce sont des paraboles ! »

Curieux :  » Que faut-il pour les nettoyer ?

Des coton-tiges ou bien des balais ? »

Gracieux : « Aimez-vous à ce point les éléphants,

Pour désirer leur ressembler autant ? »

Prévenant : « Grâce à vos deux flotteurs pour nager

Ne vous embêtez pas à prendre une bouée ! »

Dramatique : « Pouvez-vous trouver le silence

Avec un aussi grand nombre d’interférences ? »

Naïf :  » Ces deux tours, quand les visite t-on ? »

Campagnard : « Hé l’ami, c’est-y des oreilles ? Ou

C’est queuqu’poivrons géants ou ben quequ’feuilles de choux !? »

Militaire : « Déployez les voiles ! »

Pratique : « Vu toute la cire que vous avez

Vos sauces doivent être bonnes et aromatisées ! »

 

Alban A

 

Si Cyrano avait eu de grandes oreilles…

Voici quelques tirades écrites par des élèves de 4°. Je n’ai pas pu résister au plaisir de les partager avec vous.

 

Ah ! Non ! C’est un peu court jeune homme !

On pouvait dire… Oh Dieu ! Bien des choses en somme…

En variant le ton, – par exemple, tenez :

Vantard : « J’ai de si majestueuses oreilles

Que Dumbo l’éléphant n’en a pas de pareilles.

Musical : « Si j’avais de si beaux écouteurs

Je pourrais ouïr la musique la meilleure !

Pratique : « On pourrait s’envoler grâce à elles

Comme le plus grand des oiseaux grâce à ses ailes ! »

Aérien : « Faites les tourner sur elles-mêmes,

Pareilles aux éoliennes qui en en font de même ! »

Envieux :  » Si j’avais de si belles esgourdes

Jamais, au grand jamais elles ne deviendraient sourdes ! »

Secret : « Avec vos oreilles de plus d’un mètre,

On peut entendre les mots à plusieurs kilomètres ! »

Jaloux : « Elles sont tellement décollées,

que Gainsbourg lui-même doit vous les envier ! »

Grossier : « Quand tu te nettoies les portugaises

Les coton-tiges sont certainement balaises ! »

Lunaire : « Le médecin pour vous examiner

Un télescope géant doit utiliser ! »

Hivernal :  » Pratique pour vous envelopper

En cape elles peuvent vous emmitoufler ! »

 

Thomas B

Parole d’élève

6 juin 2016

Madame, s’ils avaient choisi « demain dès l’aube » comme code, cela aurait été trop facile à déchiffrer !

J’adore !