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Hippocrate aux enfers

Je viens d’entamer la lecture du dernier ouvrage de Michel Cymes, Hippocrate aux enfers (paru chez Stock).
Nous rencontrons ces médecins des camps sinistrement réputés. Qu’il s’agisse de Mengele ou de ses collègues, on découvre que ces médecins n’étaient pas des ratés mais des médecins expérimentés. Alors comment peut-on bafouer à ce point le Serment d’Hippocrate et devenir un bourreau ? Peut-on se cacher derrière la science et commettre l’infamie ?
Dans cet ouvrage aussi fascinant que glaçant, on découvre la réflexion d’un médecin mais aussi le tourment d’un petit-fils de déportés. C’est peut-être ce qui donne à cet ouvrage cette tonalité si singulière.
Et je pense à Clara, mon arrière grand-mère disparue à Ravensbrück. Lui a t-on brisé les genoux comme on le faisait parfois aux femmes qui ne pouvaient pas travailler ; juste pour faire « des expériences ». J’en frissonne.
Grâce à M Cymes, je découvre aussi le Serment d’Hippocrate. Je trouve ce texte très beau.

 

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Le Petit Peintre et la vague

Pour ceux qui ont dans leur entourage, une petit garçon ou une petite fille entre 5 et 11 ans, une idée de cadeau pour les fêtes : « Le Petit Peintre et la vague », un album superbement illustré par Martine Delerm et magnifiquement mis en forme par les éditions Beluga (Coop Breizh). Une vague de rêve pour seulement 11 Euros. En vente ou en commande chez tous les libraires.

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Le journal intime d’un arbre, incipit …

J’aime infiniment ce roman. Univers poétique autant qu’allégorique, Tristan m’émeut et il m’est toujours difficile de fermer le livre. peut-on pleurer pour un poirier ?

Lettre de Maupassant à Gisèle d’Estoc, écrivaine, sculptrice, femme fatale

Il est vrai que les réalistes ne sont pas les plus grands romantiques …

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Chère madame,

Vous désirez que je vous donne des détails sur moi. Vous avez tort, ils ne vous plairont guère. Je vous ai déjà dit que je n’étais point fait pour séduire les femmes, hormis celles qui sont uniquement des sensuelles et des corrompues.

Quant aux autres, elles ont assez de moi au bout de quinze jours au plus.

Que voulez-vous? Vous avez toutes les croyances, disons toutes les crédulités, et moi pas une. Je suis le plus désillusionnant et le plus désillusionné des hommes ; le moins sentimental et le moins poétique.

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Je suis comme je suis … J Prévert

Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m’aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi

Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire

Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimé
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer…
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.

 

Dans ma maison … Jacques Prévert

Dans ma maison vous viendrez
D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n’est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendue

Je ne faisais rien
C’est-à-dire rien de sérieux
Quelquefois le matin
Je poussais des cris d’animaux
Je gueulais comme un âne
De toutes mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l’homme l’est si souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête comme ses pieds gai comme un pinson
Le pinson n’est pas gai
Il est seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu’on sait ce que c’est un pinson
D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme ça
C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme ça
Pinson pinson pinson pinson

Comme c’est curieux les noms
Martin Hugo Victor de son prénom
Bonaparte Napoléon de son prénom
Pourquoi comme ça et pas comme ça
Un troupeau de bonapartes passe dans le désert
L’empereur s’appelle Dromadaire
Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
Au loin galope un homme qui n’a que trois prénoms
Il s’appelle Tim-Tam-Tom et n’a pas de grand nom
Un peu plus loin encore il y a n’importe qui
Beaucoup plus loin encore il y a n’importe quoi
Et puis qu’est-ce que ça peut faire tout ça

Dans ma maison tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherai près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n’est pas ma maison tu viendras.

Comprendre …

Comprendre… Vous n’avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu’on ne peut pas toucher à l’eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu’on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu’on a dans ses poches au mendiant qu’on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu’à ce qu’on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant.  »

Antigone,

J Anouilh