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Joséphine

 

À Alain Bashung.

 

La longue main gantée de Joséphine tremblait un peu tandis qu’elle introduisait la clé dans la serrure. Inconsciemment, elle souffla sur la mèche de cheveux imaginaire qui barrait son front. Ce tic qu’elle trimballait depuis sa plus tendre enfance trahissait son émotion : son premier appartement ! Ce n’était pas rien tout de même et elle rêvait de cet instant depuis longtemps, si longtemps. Enfin, elle allait pouvoir se prendre en charge ! Dormir quand elle en avait envie, manger ce qu’elle voulait manger et quand elle avait faim ; sortir, s’habiller comme elle le voulait, rencontrer qui elle voulait, partir loin ou bien rester… Et surtout, surtout, ne plus dépendre de personne, ne plus avoir de compte à rendre. Vivre, enfin !

Oui, enfin, vivre !

Oh, bien sûr, il n’était pas bien grand cet appartement, tout juste un petit studio aménagé : son… palais. Une entrée, quelques placards « bien pratiques », une kitchenette aménagée, un coin bureau, un « espace chambre » dans une alcôve, une salle de bains avec un lavabo et même, comble du luxe, une baignoire sabot. Son nouveau chez elle, comme elle aimait l’appeler, était idéalement situé en plein centre-ville et jouissait même d’une petite cour privative. Au calme, et en plein cœur de la vie. Le tramway tout près, les bus pas loin… cela serait pratique en attendant de passer le permis, prochaine étape vers l’indépendance.

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L’Oiseau-Lire

 

Je Le reconnus.

L’Oiseau-Lire hantait déjà mes rêves d’enfant. Je lui offris un sourire timide, il me tendit un merveilleux livre.

Je m’en emparai, frissonnante de bonheur. Son cuir rouge sombre embrasa mon âme.   Lui, fit le dos rond. Doucement, au fil de ses pages, l’effeuillage put commencer, subtil et sensuel. Face à Lui, je me dénudai. Il m’envoûtait, je me donnai. Une main se tendit vers moi, s’empara de la mienne.

Je suis Peter Pan et je m’envole. Ils sont tous là. Le Petit Prince et sa rose, le renard apprivoisé ; Madame Bovary, Colin et Cloé. Cyrano dans les étoiles, Roxane endeuillée. Les lignes s’offrent à moi, comme autant de lignes d’horizon, s’entrelaçant, lignes de vie tant de fois lues et déchiffrées.

Mais soudain, l’ouvrage se referma, emportant avec lui mes amis de papier. L’Oiseau-Lire me regarda tendrement.

Une plume de lumière vint alors se poser sur ma main.

Et je compris.

Ce livre à la couverture rouge sombre, c’était celui qu’un jour j’écrirais.

 

Christelle Angano

Novembre 2015

 

 

 

 

 

Ouragan dans un verre de whisky

Je vous livre ma nouvelle, retenue pour le prix Jean-Jacques Robert de Mennecy …

L’immeuble est coquet : de la pierre de Caen et une immense porte cochère bleue. On est jeudi. Sur la place, c’est le marché. Les étals sont pleins. On se croise, on se retrouve, on bavarde, on rit. Corps et âmes se retrouvent, se découvrent aussi.   Mais Emmanuelle ne les voit pas. Dix minutes qu’elle poireaute. Elle a horreur de ça.  Heureusement, la porte s’ouvre enfin. D’un geste distrait, elle  remet coiffure et idées en place et se dirige vers l’ascenseur.   La salle d’attente maintenant : papier jauni, fausses plantes vertes, canapé deux places légèrement défoncé, trois chaises,  une table basse recouverte de magazines. Une vague odeur d’urine de chat. Emmanuelle s’assied et s’empare d’un numéro de Gala, sa Bible. Elle sait tout de ces célébrités et voue un amour sans limite à la famille Grimaldi, là-haut sur son rocher, inaccessible. Oui, Emmanuelle a pleuré à la mort de Grace et, depuis, toute sa tendresse et son admiration se sont reportées sur la famille de sa princesse disparue. Elle donnerait beaucoup, tout peut-être, pour rencontrer Caroline, son modèle, et participer, ne serait-ce qu’une seule fois, à un seul Bal de la rose, à Monaco.

– Vous pouvez entrer Mademoiselle …

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Prix Jean-Jacques Robert : Ouragan dans un verre de whisky

Ouragan dans un verre de whisky

Je viens d’apprendre que ma petite nouvelle est arrivée 4° sur 200 … et j’en suis très fière …

L’immeuble est coquet : de la pierre de Caen et une immense porte cochère bleue. On est jeudi. Sur la place, c’est le marché. Les étals sont pleins. On se croise, on se retrouve, on bavarde, on rit. Corps et âmes se retrouvent, se découvrent aussi. Mais Emmanuelle ne les voit pas. Dix minutes qu’elle poireaute. Elle a horreur de ça. Heureusement, la porte s’ouvre enfin. D’un geste distrait, elle remet coiffure et idées en place et se dirige vers l’ascenseur.
La salle d’attente maintenant : papier jauni, fausses plantes vertes, canapé deux places légè-rement défoncé, trois chaises, une table basse recouverte de magazines. Une vague odeur d’urine de chat. Emmanuelle s’assied et s’empare d’un numéro de Gala, sa Bible. Elle sait tout de ces célébrités et voue un amour sans limite à la famille Grimaldi, là-haut sur son rocher, inaccessible.
Oui, Emmanuelle a pleuré à la mort de Grace et, depuis, toute sa tendresse et son admiration se sont reportées sur la famille de sa princesse disparue. Elle donnerait beaucoup, tout peut-être, pour rencontrer Caroline, son modèle, et participer, ne serait-ce qu’une seule fois, à un seul Bal de la rose, à Monaco.
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Allo Papa tango Charly

Mais enfin, où as-tu donc la tête ?

Je ne sais pas, je ne sais plus. S’il vous plait, ne me brusquez pas, attendez, cela va revenir.

Le geste du vieil homme s’est interrompu. Que voulait-il faire ? Il ne saurait le dire. Son geste s’est perdu au fond de sa pensée. Là-bas quelque part, déjà bien loin de nous.

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